D’entrée, Hugues Portelli et Christian de Boissieu nous appellent à une clairvoyance. Derrière la puissance économique de la France et sa démographie tonique, des chiffres illustrent la gravité de la situation. Avec un taux de croissance le plus bas de la zone euro et une dette publique non maîtrisée, le pays doit affronter de profonds changements.
Notre responsabilité est peut-être celle de s’y atteler plutôt que de s’émouvoir. Christian de Boissieu, en économiste, plaide pour une profonde réforme des retraites, de l’Etat et du budget pour mieux contrôler les dépenses publiques. Hugues Portelli, le politique, insiste lui sur une réforme du dialogue social et une meilleure mobilité sociétale. En somme, ils appellent de leurs voeux à passer du constat désenchanteur à une mobilisation pragmatique. La France cherche souvent à idéaliser : son modèle social, celui du Danemark… Pour en sortir, Christian de Boissieu mise sur quelques priorités. « L’avenir de notre croissance se joue dans les relations entre l’université et l’école, dans l’enseignement supérieur de recherche. Les passerelles entre l’université et le monde de l’entreprise sont sans cesse à recréer ». En bon économiste, il défend la politique du long terme, gage de réussite lorsqu’on parle de réforme. L’expérimentation, le politique connaît. Hugues Portelli a longuement évoqué son expérience de maire, un mandat exaltant pour réformer la société. Il évoque sa politique de l’emploi, de dialogue avec les jeunes, de la gestion des compétences dans sa mairie. C’est dans sa commune d’Ermont qu’il retrouve le terrain social et les moyens de le transformer. Les enjeux collectifs trouvent ainsi une réponse dans l’action locale.
« Entre responsabilité collective et individuelle », le débat a naturellement glissé sur l’éthique de l’action. L’économiste et le politique se sont rejoints sur la distinction weberienne entre éthique de conviction, qui ne se préoccupe que du principe moral présidant à l’action sans se soucier des conséquences et l’éthique de responsabilité, selon laquelle seul compte le résultat. Max Weber demandait d’être mu à la fois par les deux, en acceptant de prendre conscience des risques qu’entraîne logiquement toute décision et en s’appuyant sur une estimation raisonnée des conséquences prévisibles. Comme le rappela Hugues Portelli, « il faut une déontologie pour pouvoir être jugé sur ses fautes ».
En conclusion de ce premier débat, Remi de Maindreville, aumônier national, a expliqué : « au MCC on part de situations concrètes et on aime à les éclairer pour mieux les situer ». L’enjeu étant « de contribuer à développer de l’espérance possible pour les acteurs de la société » pour « nous encourager à agir ».