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005. Mécénat et évolutions boursières font-ils bon ménage ?

Mécénat et évolutions boursières font-ils bon ménage ?

Avec la participation de Vincent Godebout, Directeur du département mécénat du Secours Catholique Dominique Fouchard, Secrétaire Général d’AXA Atout Coeur Michel Giraud, Directeur Général de la Fondation de la deuxième Chance, Ancien Ministre du Travail, Président du Conseil Régional d’Ile de France, Sénateur, Député-Maire

3 intervenants ont débattu sur le thème "Mécénat et évolutions boursières font-ils bon ménage ?"

Michel Giraud La Fondation de la deuxième chance est une histoire d’entreprise et de solidarité née il y a dix ans de la conjonction entre l’engagement de Vincent Bolloré et de moi-même. Je souhaitais tourner la page et consacrer la fin de ma vie à une démarche humaniste : aider financièrement et accompagner ceux qui sont pris dans la spirale de la précarité mais qui refusent la fatalité de leur naufrage et la passivité. Il s’agit de repousser les excès de l’assistanat et de rebondir grâce à un projet ou à une reconversion. Le conseil d’administration de la fondation apporte une aide financière avec une dotation plafonnée à 10000 euros et un parrainage permettant un suivi de proximité jusqu’à la réalisation du projet. La fondation regroupe 120 des très grands groupes français apportant à la Fondation notoriété et moyens financiers et est complétée par un réseau de clubs de la deuxième chance : Rotary, Lions Club etc. qui viennent en renfort.

La Fondation est décentralisée sur les lieux de proximité avec un réseau de 60 sites relais qui maillent le territoire hexagonal. Il y a cinq grandes zones qui ont chacune une antenne et un comité d’agrément. L’ensemble repose sur le bénévolat. Les charges de structure et de fonctionnement sont assumées par Boloré. Nous avons des conventions locales avec les structures locales à visées humanistes de l’environnement immédiat.

Les propositions nous arrivent soit de nos sites relais soit de la France entière au rythme de 6 à 20 par jour. Les demandes doivent être conformes aux critères. Elles sont envoyées aux délégués de sites qui engagent une équipe d’instruction. La candidature est adressée à l’un des cinq comités d’agrément qui dispose de quinze jours pour émettre un avis. Un rapport d’instruction est établi sur l’examen des dossiers et un avis est donné par le responsable de zone. Une équipe de parrainage est mise en place qui suit le projet pendant deux ans. Des notes d’informations permettent le suivi du parrainage et cela permet un taux réduit d’échec. Nous veillons à ce que le projet soit conforme aux capacités du porteur. La réussite dépend également d’un parrainage rigoureux et de qualité.

La Fondation de la deuxième chance est reconnue d’utilité publique et est placée sous l’égide de la Fondation de France.

Question : Vous avez parlé des excès de l’assistanat. Comme cela se passe-t-il au Secours Catholique ?

Vincent Godebout Il y a 65 000 bénévoles au Secours Catholique, 4 200 équipes locales, ce qui permet un maillage territorial important représentant environ 1 600 000 personnes accueillies chaque année. Nous suivons 100 projets dans 80 pays et employons 1 000 salariés. Nous avons créé deux associations. D’une part, l’association des cités du Secours Catholique qui tente de résoudre la problématique du logement et d’autre part l’association des « vestiaires », c’est-à-dire travaillant autour du vêtement. La plupart de vêtements donnés sont reconditionnables. Dans ces associations 2 000 personnes en difficulté sont employées ce qui permet à 60% d’entre elles de retourner à l’emploi. Le Secours Catholique est le membre français de Caritas qui fonctionne sur le plan mondial et existe depuis soixante ans.

En 2003 le conseil d’administration s’est posé la question de savoir comment marier nos connaissances sociales avec celles des entreprises au-delà des subventions. Nous avons créé un département « Subvention, mécénat, cofinancement » qui aujourd’hui est renommé « Mécénat-Partenariat d’entreprise ».

C’est l’histoire d’une rencontre, et l’élaboration d’un projet. Il s’agit de mécénat de proximité avec des patrons de PME jouant un rôle dans la création d’emplois locaux. Le rôle des dirigeants d’entreprise est de créer de la richesse et de l’attractivité territoriale. Le partenariat permet de donner une image de l’entreprise vis-à-vis de l’extérieur. Nous avons la volonté dans le cadre de ce mécénat d’agir pour l’intérêt général. Les dirigeants et les chefs d’entreprise ont compris le rôle qu’ils ont à jouer dans le sens qu’ils peuvent donner aux actions qu’ils conduisent et dans la création de la cohésion interne. Notre souhait est d’aller au-delà du don ponctuel et de permettre un partenariat durable.

Question : aider les plus pauvres, est-ce une question d’argent (Mécénat et évolution boursière) ?

Dominique Fouchard Le mécénat n’est pas nécessairement une affaire d’argent. Nous avons lancé « Axa Atout Cœur » dans les années 89-90 mobilisés par des initiatives personnelles. Pour Claude Bébéart il était possible que le don ne s’exerce pas en argent. Cela a démarré à la chute de la Roumanie, lorsque nous avons découvert les orphelinats. Des camions chargés à bloc sont partis là-bas à l’initiative de personnes travaillant chez nous. Ils n’étaient pas structurés. Cette action fut le déclencheur. Dans une entreprise de service comme la nôtre, la vraie valeur est l’humain. Henri de Castries a eu la dynamique de dire « voyons comment l’entreprise peut accompagner les salariés qui souhaitent s’engager dans les actions de solidarité dans la durée. Toutefois, nous ne voulions pas venir en plus de l’existant mais apporter un complément de compétences comme par exemple de la présence afin d’aider les structures déjà à l’œuvre.

En 90-91 nous avons mis en place Axa atout-cœur dans la moitié des 42 pays où l’entreprise est présente. Nos actions sont menées localement. Nous nous demandons comment aider sans argent. La fiscalité est un accélérateur, pas un déclencheur. Nous essayons de travailler dans la durée avec nos employés.

Question : De façon plus concrète, comment faites-vous. Pouvez-vous nous donner des trucs et astuces ? Comment faire pour vous aider ?

Michel Giraud La démarche de la Fondation vise à aider te ou tel à se retrouver avec un horizon, un équilibre, une vie familiale. Les « renaissances » sont extrêmement diverses que nous pourrions sérier en grandes fonctions : ville, habitat, commerce, restauration, animation, vie sociale etc. J’ai ainsi appris l’existence de métiers que j’ignorais. Nous avons aidé un homme de quarante ans en situation de précarité. Son projet était de devenir dentiste équin. En effet, quand un cheval a un problème de dents, on doit appeler le dentiste équin. C’est un métier qui s’apprend durant un stage de huit mois. Naguère, les aliments naturels limaient naturellement les dents des chevaux de haras mais ce n’est plus le cas et il faut limer leurs dents. La Fondation a payé son stage et l’a accompagné dans sa formation qui avait lieu entre Metz et Nancy et cet homme s’est mis à limer des dents dans le monde entier tant son activité a eu du succès.

Si le parrainage est bien fait, c’est le meilleur rempart contre l’échec. Il faut que la personne se prenne en main, s’engage seule mais avec les autres. Il ne peut y avoir de concurrence, c’est une affaire de complémentarité chacun à son niveau. Nous sommes comme les maillons d’une chaîne, les maillons sont faits pour s’emboîter. Dans le sens horizontal chacun apporte sa spécialité humaniste dans le sens vertical celui qui a la volonté de sortir de la précarité, nous l’aidons à grimper les échelons.

Vincent Godebout Le Secours Catholique comporte 65000 bénévoles. Chaque diocèse émet un supplément du journal « Message ». Les accueils de jours peuvent être effectués dans le cadre d’une entreprise. Il s’agit d’accueillir toute personne dans sa dimension totale. Nous avons réalisé une plate-forme de l’emploi avec le soutien de cadres d’entreprise et des moyens financiers. Nos bénévoles font de l’aide aux devoirs auprès de 7000 enfants. Ils effectuent l’accueil et l’approvisionnement des épiceries sociales avec la Croix rouge et le Secours Populaire et l’aide des hypermarchés locaux. Ils rendent visite aux maisons de retraite. Ils organisent des accueils familiaux de vacances pour une durée de trois semaines, dans l’ensemble de l’hexagone. Ils partent pour des « voyages de l’Espérance » à Lourdes avec des personnes qui en ont fait la demande. Il s’agit d’apporter une aide spirituelle lorsque c’est nécessaire. Enfin, ils mènent des projets pour les demandeurs d’asile.

Maintenant vous vous demandez quel rôle, un cadre d’entreprise peut-il jouer ? En tant qu’employé, il peut s’assurer que le 1% prévu par la loi pour des actions de solidarité soit bien voté en CE. Il peut avoir un attachement plus grand à l’accueil de l’autre avec un regard différent. Les actionnaires peuvent s’attacher aux questions du développement durable en amplifiant le rôle de leur entreprise dans ce domaine et en affichant la réalité des résultats et des problèmes.

Dominique Fouchard Mener un programme de mécénat dans l’entreprise, c’est travailler avec des gens en activité dont la diversité est très grande. Il s’agit de proposer des choses cohérentes mais qui s’analysent différemment pour chacun. Les activités possibles sont variées, différentes et originales pour que chacun y trouve son compte. Ce peut être par exemple du soutien scolaire. Nous aidons alors à trouver la bonne association. Nous pouvons travailler aussi autour d’événements mobilisateurs qui durent une journée comme par exemple le téléthon ou le Sidaction ce week-end dont un tiers des correspondants téléphoniques, 1396 personnes, étaient des bénévoles d’AXA. Ce peut-être des collectes alimentaires dans un magasin ou un pèlerinage à Lourdes le 15 août pour accompagner des malades.

Conclusion de Christian Mazars

L’enseignement social de l’église nous dit que rien de ce qui est humain ne peut être étranger aux disciples du Christ. Nous devons être concernés par la précarité. Il ne s’agit pas d’une option d’attention aux pauvres mais d’une direction que nous devons tous prendre. On ne se décharge pas sur un spécialiste. Il s’agit d’abord de responsabiliser, on ne fait pas pour les autres. Nous ne sommes jamais seuls. Des partenariats peuvent être trouvés à tous les niveaux. Celui qui est au bord du gouffre a quelque chose à nous dire. Il a droit à être auteur de sa vie. Ce sera toujours une entreprise de longue haleine. Il faudra s’inscrire dans la durée en s’adaptant à ce que génère la société avec ses faiblesses…

 


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