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Esquisse d’une spiritualité MCC

Bernard Bougon s.j., insiste sur le fait que la spiritualité permet plusieurs niveaux d’observations complémentaires :

— La spiritualité peut d’abord concerner tout croyant ;
— Elle est aussi la question du chrétien ;
— Elle nous interroge enfin au titre du mouvement auquel nous appartenons.

I - Tentative de définition de la spiritualité

Bernard Bougon emprunte au Cardinal Hans Urs von Balthasar (1903-1988) une définition tirée d’un article rédigé par ce théologien suisse dans le Dictionnaire de Spiritualité :

« C’est la manière pratique de traduire et d’exprimer dans sa vie la conception que la personne se fait de son existence religieuse et plus généralement de son engagement éthique »

Dans son article H. Urs von Balthasar veut prendre en compte toute spiritualité. Un des termes importants de cette définition est « manière pratique ». La spiritualité n’est pas un affichage de valeurs mais leur traduction ancrée dans une pratique au quotidien et, pour un chrétien, vécue dans la foi.

L’individu n’est pas seulement un être porté par des besoins élémentaires = manger, dormir, etc. L’homme se définit comme un être spirituel guidé par une conscience et traversé par diverses dynamiques dont les dominantes sont l’amour, le désir ainsi que l’espoir. Il veut s’accomplir et transformer le monde en portant des projets, des choix, des décisions, des engagements.
Cependant, bien qu’il aspire à l’Esprit absolu, l’homme n’atteint que « le relatif ». Cette expérience conduit au registre du sens, qui, en particulier, dans la foi chrétienne ouvre à l’altérité.

II - La spiritualité chrétienne a-t-elle une tonalité particulière ?

Même si elle s’inscrit d’abord pleinement dans la définition précédente, la spiritualité chrétienne se découvre au fil de la Parole notamment celle de St Paul :
« De par son baptême, le chrétien est temple de l’Esprit (1 Co 6) et membre du Corps du Christ (1 Co12) »

Être temple de l’Esprit-Saint tout en agissant comme membre du Corps manifeste l’aujourd’hui de la présence du Christ. Tout se vit d’abord pour le Chrétien dans les actes qu’il pose = c’est là que s’exerce notre capacité de choix. Nos « oui » et nos « non » sont l’enjeu du discernement.

La vie de l’Esprit en nous se développe en vie intérieure, travail de la grâce en nous. Cela s’exprime très concrètement aussi bien par la prière que par les réflexions et échanges vécus en équipe, permettant souvent des remises en cause fructueuses que par les actes que nous posons et les engagements que nous prenons.

III - Accents de la spiritualité ignacienne

Le MCC, précise d’abord B. Bougon, n’est pas un mouvement de spiritualité ignacienne (contrairement à la CVX, par exemple). Le MCC n’a pas à « s’enfermer » dans cette approche. Par contre, incontestablement, il y a une imprégnation ignacienne du mouvement, depuis son origine. Avec humour, B. Bougon identifie le MCC non pas à la famille ignacienne mais comme un « allié » de cette famille.

Bernard Bougon souligne seulement l’un des points marquants de cette spiritualité.
Selon cette spiritualité, le chrétien est appellé à « trouver Dieu en toutes choses » La dimension entre sacré et profane est une séparation certes pratiquée par la société mais n’a aucun sens dans la spiritualité ignacienne. Apprendre à reconnaître l’Esprit de Dieu à l’œuvre dans ce monde est une quête prioritaire. Ainsi, dans l’ordre de la fidélité à Dieu, il n’y a pas de « petits choix » ou de décisions « minimes ». En fait et c’est primordial = tout est dans la façon dont je fais les choses… Cette exigence quotidienne qui passe par des actes apparemment anodins participe de la force de vie qui est en Dieu. On retrouve là une des préoccupations qui est en filigrane de nos échanges en équipe

IV – Et la spiritualité du MCC ?

En la matière, Bernard Bougon rappelle que ses lignes directrices se trouvent dans la Charte du mouvement.
Pour concrétiser son propos, proposition nous est faite d’une relecture de certains passages de ce texte

1) « Le MCC coopère à la mission de l’Église toute entière. Il apporte à ses membres le soutien humain et spirituel dont ils ont besoin pour progresser dans la foi et pour devenir personnellement et collectivement des témoins du Christ là où nous vivons ».
Ce texte trouve ses racines dans les fondamentaux du Concile Vatican II, et tout particulièrement dans un texte très important : la constitution « Lumen Gentium ».
« Les laïcs sont appelés par Dieu pour travailler comme du dedans à la sanctification du monde en exerçant leur propre charge sous la conduite de l’esprit évangélique et pour manifester le Christ aux autres ». Ce texte conciliaire reprend d’ailleurs certains développements de l’Épître aux Romains (8 28-29) qui est l’un des premiers écrits du Nouveau Testament.

2) « Le mouvement a pour mission d’aider ses membres à agir davantage selon l’Esprit du Christ dans tous les lieux ou s’exerce leurs responsabilités, partout où s’élaborent et se déterminent leurs décisions »
Il y a, à l’évidence, une mission d’aide spirituelle dans tous les terrains où se joue la vie du cadre.
B. Bougon évoque à titre d’exemple un article d’un aumônier du mouvement, tiré de la revue Responsables, intitulé « Dieu s’intéresse-t-il au TGV ». Certes, Dieu n’est pas le grand ingénieur de l’univers mais, pour nous, membres du MCC, nous croyons que Dieu n’est pas indifférent à l’œuvre des hommes. Dieu ne serait pas le Dieu Créateur s’il ne prenait pas au sérieux nos projets comme nos réalisations.

3) « Il apporte une attention privilégié aux situations… »
Au quotidien, cette attention s’inscrit dans des moments eux-même privilégiés comme les réunions d’équipe, la lecture de Responsables, le soutien au CCFD, l’université d’été etc... A certaines périodes, l’organisation de soirées au moment de grands choix politiques entrent dans cette même démarche.

4) « En vue de bâtir un monde plus humain, il invite ses membres à témoigner de leur espérance »
Où et comment témoigner ?
Référence est faite à l’article de Tristan Lormeau dans Responsables n°387/septembre 2008 : « Agir à tous les niveaux », faire une place à ses convictions suppose de se confronter au monde. Il importe de privilégier tous les lieux de responsabilité où se joue des conflits de valeurs. Parfois il y a des situations de conflit irrémédiables (on me demande d’entrer dans un système de corruption, par exemple) mais souvent heureusement il y a des marges de manœuvre. Pour autant, il faut prendre position. On retrouve là aussi d’autres formes de témoignage comme par exemple les investissements responsables. A l’évidence cela pose la question de nos lieux de solidarité.

En conclusion Bernard rappelle que la spiritualité du MCC s’enracine dans une pédagogie, celle de « Chemins d’Emmaüs » à expérimenter en équipe, selon lui, au moins une fois par an. Avec Michel Danchin (+), il précise aussi que « sur les terrains qui sont les nôtres mais qui sont autant ceux de Dieu, nous pouvons communier avec lui (Dieu),en attente et en espérance ». « Le Christ est en agonie jusqu’à la fin du monde », écrivait Pascal.
Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit appelé à devenir fils de Dieu.


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