Notes prises au cours de la soirée organisée par le secteur Rouen-Elbeuf
Halle aux Toiles, 17 janvier 2009
Peut-on être heureux au travail ?
- 1. Jean Masselin
PME fabrique de ressorts à Petit-Quevilly- 150 personnes, 17 M € de chiffre d’affaires en 2008.
Le plus heureux : lorsqu’il embauche un jeune et qu’il offre un emploi avec possibilité de formation. Créer un emploi, c’est une mission pour l’avenir ! Le plus triste : lorsqu’il faut débaucher, même si c’est dans l’intérêt du collectif.
Stratégie : • fabrication de qualité, haute de gamme, gratifiante : nous nous sommes positionné sur des produits à haute valeur ajoutée de façon à ne pas avoir de relation servile et de dépendance commerciale. • projet d’entreprise : le cap ? la vision de l’entreprise dans 5 ans. Plan remis à tous. • diversité des clients d’où sérénité du commercial. il n’y a pas de tueurs ( choix et chance de ne pas travailler avec le secteur automobile qui a des relations très tendues avec les sous-traitants) • pas de travail à la chaine : activité manuelle variée.
Relations de travail dans l’entreprise fondées sur le respect. Les entretiens annuels d’évaluation aident à détecter le harcèlement moral.
Gestion sécuritaire : fonds propres importants, pas de pression sur le rendement financier de la part des actionnaires. Politique salariale : la plus dynamique possible, intéressement des salariés par accord de participation et d’intéressement.
Ancienneté moyenne des salariés : 17 ans ! Heureusement peu de « turn-over » car la formation est longue, l’entreprise est obligée de prévoir, à cause du travail qu’elle offre, une formation aux jeunes qu’elle embauche, l’éducation nationale ne forme pas à nos métiers !– ce qui aussi fidélise la main d’œuvre)
Chaque année : sentiment que tout est à refaire. Une PME c’est comme une personne morale, fragile, rien n’est jamais acquis. Forte attente des personnels au niveau de la communication et de l’explication. Important de garder des liens et de ne pas laisser le doute s’installer.
- 2. Dr Jacob
Santé et bonheur !
Etre heureux : équilibre sphère intime (vie privée, amour) et sphère sociale. La sphère intime est un bon indicateur de ce que l’on est au travail. Avoir du travail, c’est avoir un travail décent.
Notion de travail décent définie par le BIT : productif, protection des droits. Temps de travail très différent du temps de présence au travail ; évolution du doit : l’accident du travail n’a plus forcément lieu sur le lieu même du travail. Construire la frontière entre privé et travail : l’adaptation est au cœur de cet équilibre.
Santé physique, mentale, psychique et sociale. Il faut que le corps tienne. Respect de l’intégrité physique dans le travail, car le travail c’est d’abord un engagement des corps, mais attention aux addictions. Les effets du stress (décalage entre ce qu’il faut faire et les ressources pour y faire face) ne sont pas seulement psychologiques mais affectent toute la personne.
Sentiment de déséquilibre entre investissement personnel et rétribution de l’entreprise, entre contribution et rétribution tension entre souffrance et plaisir. Besoin du soutien social du manager.
Dimension créative, même dans les emplois les plus simples, est source de plaisir. Différence entre le travail prescrit et le travail accompli : la créativité est dans cet espace là.
Reconnaissance nécessaire à la fois par les pairs et par la hiérarchie Les pairs : reconnaissent l’identité forte de la personne, la beauté du travail réalisé, dimension horizontale. La hiérarchie : reconnaît l’utilité du travail effectué, dimension verticale. Cette double dimension (jugements de beauté et d’utilité) est très forte pour la construction du bonheur au travail.
On cherche tous à faire le mieux possible : mais les objectifs sont-ils atteignables ?
Bien-être physique, mental et social : l’organisation doit être dans son rôle de cadre et de contenant. A défaut, isolement des salariés et réponses individuelles. Il faut remettre dans le collectif le débat des malaises individuels. Savoir dire non, mais pas tout seul, sinon c’est aller au casse-pipe. Réfléchir à plusieurs.
Hyperactivité : conséquence des efforts considérables pour répondre aux exigences croissantes du monde du travail, souvent inaccessibles. La vulnérabilité augmente à partir du moment où l’on fait bien son travail et où on souhaite (ou on vous incite) à le faire encore mieux
Tendance à retourner les violences d’une situation contre soi-même.
Nécessaire aujourd’hui de savoir affronter l’éphémère qui est au cœur de notre vie économique, un éphémère qui va à l’encontre de notre besoin de sécurité. Comment avoir une sécurité intérieure qui permette d’affronter cet éphémère inéluctable ? Il faut de la distance au travail : il y a un temps pour tout ! Le sens se construit dans une triple relation : à l’objet du travail, aux autres et à soi-même. On est heureux lorsqu’on a repris notre pouvoir d’agir.
- 3. Père Yannik Bonnet
Tout le monde cherche le bonheur (eudémoniste).
Trois champs principaux où on peut le trouver : • au dessous de soi : la planète ; c’est parce qu’il travaille que l’homme peut changer l’environnement grande noblesse. C’est la grande différence avec l’animal. • au niveau horizontal : amour et amitié donnent sens à la vie sociale. • au dessus Dieu : problème du mal. Qui peut y répondre, sinon Dieu ? on doit élever ses collaborateurs.
Le bonheur c’est si tu veux ; si tu ne le veux pas, tu ne le trouveras jamais !
Le bonheur dans le travail est lié à la relation humaine : relations de l’équipe et relations hiérarchiques et de gouvernement. Le mot hiérarchie veut dire sacré & commandement : ce qui est sacré. Être cadre, c’est avoir le devoir d’élever.
Salutaire quand un chef dit : au lieu de corriger tes points faibles, renforce tes points forts ! La pression ne permet pas d’être heureux : il faut travailler sur ses points forts avant tout. Sur les points faibles, on fait le minimum pour ne pas être handicapé ! Le meilleur expert est souvent un mauvais chef (! !!)
Le « mode d’emploi de l’homme » est à enseigner en priorité ; il n’y a pas assez de cours d’anthropologie ! En effet : a) l’homme est un être social : il a besoin d’union. Il faut empêcher les divisions. Un bon chef est toujours un rassembleur. Bonne équipe = bon chef. On peut critiquer les comportements, jamais les personnes. Nécessaire de témoigner dans sa vie de valeurs morales : dire la vérité, tenir ses engagements, sens de la justice. Communiquer : faire connaître les projets pour faciliter la créativité des personnes… b) un bon chef c’est celui qui sait détecter des talents pour que les personnes puissent progresser ; faire en sorte qu’elles puissent reconnaître leurs talents mutuels. c) Donner aux personnes des pouvoirs plutôt que des responsabilités : « je te donne un cadre, voici les interdits. » l’erreur dans ce cas est différente de la faute. l’interdit doit être explicite. Alors, on peut et on doit couvrir ses subordonnés.
Il faut savoir éduquer son chef. On ne peut rien faire si les gens n’ont pas envie, le bonheur est lié à l’éthique et à la formation de l’homme.
Etre professionnel, c’est faire bien et avoir une bonne culture générale.
- 4. Verbatim des échanges
GJ : il est inadmissible d’organiser la précarité. YB : la démographie, c’est vital : il faut organiser les politiques sociales. Sur ce point, la Chine (enfant unique, avortement des fétus femelles) va à la catastrophe. GJ : la société est organisée de façon masculine, cela doit impérativement changer. JM : ne pas être coté en bourse permet de rester indépendant. Yb : il faut retrouver le mode d’emploi de l’homme. GJ : il faut savoir dire non ! Mais pas tout seul, il faut retrouver le collectif dans le travail. A la question : « comment motiver les seniors ? », il faut se poser la question « comment ai-je fait pour démotiver mes seniors ? »
Colmar
Paris
Chevilly Larue (Val de Marne)
Timadeuc (Morbihan)
La Baume (Aix en Provence)
Versailles