Intervention de Michel Soula à Rennes
Synthèse des visites d’entreprises : quelques réflexions

Merci aux initiateurs de ces visites ; merci aux entreprises et à la qualité de l’accueil qu’elles nous ont réservé. Je vous propose quatre regards sur ces visites :
1) Lors de ces visites d’entreprises, nous avons constaté des diminutions d’activités, des pertes d’effectifs, des incertitudes sur les plans de charge. Ce sont des conséquences de ce néo-libéralisme qui nous fait croire que « la somme des intérêts individuels correspond à l’intérêt général ». Je tiens à dénoncer cette gigantesque escroquerie qui profite à quelques uns et appauvrit des millions d’autres. J’enrage contre ceux qui ont cassé l’économie réelle et provoqué la plus grande catastrophe sociale depuis 60 ans.
2) Je suis toujours frappé par l’écart entre les représentations plutôt pessimistes des entreprises véhiculées par les grands médias et le réel que ces visites nous apportent. Dans ces entreprises visitées, j’ai rencontré des professionnels passionnés, généreux et plutôt heureux dans leur travail. Ceci est corroboré par la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail, dans une enquête menée en 2005, auprès de 30.000 travailleurs dans 31 pays. 80% des salariés sont satisfaits. Les mieux-disants, en cette matière, se trouvent dans les pays scandinaves.
3) Nous avons rencontré partout le vieillissement de notre société : chez les clients, les patients, les salariés, les dirigeants, ..... Problèmes de pyramide des âges des salariés, de prise en charge des personnes âgées, des retraites des handicapés, de l’écart d’âge grandissant entre les enseignants et leurs élèves, ..... Mesurons-nous toutes les conséquences de ce vieillissement ?
4) Et les jeunes dans tout cela ?
— Nous sommes sensibilisés aux handicaps physiques et mentaux. Nous le sommes moins par les déficiences sociales, relationnelles, affectives. Nous ne savons pas comment les prendre en compte. Elles sont plus diffuses et si proches à la fois ! Les formes de handicaps se transforment en même temps qu’évolue notre société.
— Nous avons entendu que les jeunes, en lycée professionnel, avaient des comportements nouveaux. Hervé Syriex, qui a étudié les jeunes en _ entreprises, nous dit : « Si vous croyez que les jeunes d’aujourd’hui, c’est vous en plus jeune, vous vous trompez ».
— Et que nous disent ces jeunes ? « Que le travail n’est pas une vertu ! » Nous sommes ébranlés par une telle affirmation, nous qui consacrons tant de temps et d’énergie à notre vie professionnelle. Pour eux, « le travail n’est pas une valeur en soi ». Et le philosophe André Comte-Sponville leur donne raison ! « Le travail n’est un salut que pour les égarés ; une thérapie, que pour les fous. Pour les autres, il est ce qu’il doit être : une contrainte, une nécessité, presque toujours, et une passion, parfois, pour ceux qui aiment leur métier. Ceux-là ont beaucoup de chance, qui transforment le travail en bonheur. Qu’ils n’oublient pas, toutefois, que c’est l’amour qui les sauve, non le travail. » (André Comte-Sponville, Sylvie Thybert, La vie humaine, Hermann, mars 2005.)
Vous m’avez invité comme « grand témoin » ; c’est un honneur et une responsabilité car cette fonction offre une totale liberté d’expression. Partons du titre de ce colloque :
« Le travail, vers quelle humanité ?
Chez nous, des signes d’espérance. »
Colmar
Paris
Chevilly Larue (Val de Marne)
Timadeuc (Morbihan)
La Baume (Aix en Provence)
Versailles