Les Eglises face à la crise
Les 26-27 mars 2010, 36 chrétiens catholiques et protestants du Pays de Bade, d’Alsace et du Nord- Ouest de la Suisse se sont rencontrés à Fribourg en Brisgau, au Centre de Formation de Caritas, pour un séminaire autour du thème :"Les Eglises face à la crise".
Les participant(e)s rendent publique la déclaration suivante, qui s’adresse à leurs Eglises et à la société dans son ensemble :
Nous avons constaté une convergence des effets de la crise economique et financière dans nos trois pays. Le fossé se creuse de plus en plus entre riches et pauvres. La crise accentue l’exclusion des personnes déjà en difficulté, augmente le nombre des pauvres et met une part croissante de la population en risque de pauvreté.
En particulier, la mise à l’écart de l’emploi est d’autant plus grave que ce dernier n’est pas seulement une question de revenu, mais aussi un moyen de prendre sa part dans la vie sociale et, partant, d’avoir le sentiment de sa propre dignité.
Cette augmentation des fragilités risque d’engendrer un sentiment de peur qui détournerait nos contemporains de la solidarité. Dans cette situation, il est important que les Eglises s’engagent résolument aux côtés de ceux qui souffrent et en particulier des plus pauvres. Pour manifester des signes d’espérance et être crédibles, elles doivent tout à la fois proclamer une parole claire en faveur des plus fragiles et présenter un comportement exemplaire.
En tant que chrétiens, nous affirmons que l’Homme, créé à l’image de Dieu, doit demeurer au centre et doit passer avant toute considération financière. Le travail, même s’il n’est pas la condition de la dignité humaine, est un droit fondamental pour toute personne.
Nous ne devons pas accepter le chômage comme une fatalité et tout doit être mis en oeuvre pour que chacun puisse accéder à un emploi durable, porteur de sens et qui permette d’accéder à un revenu suffisant pour vivre. Indépendamment de cela, toutes les personnes exclues de l’emploi, pour quelque raison que ce soit, doivent avoir accès à un revenu social minimum garanti.
Dans nos échanges, de nombreuses pistes d’action ont
été formulées dont certaines restent en débat :
Revenir sans cesse aux fondements éthiques du
commerce et de l’économie en général en
favorisant le développement des échanges
équitables.
Agir politiquement en particulier au niveau
européen, pour le renforcement des
institutions de régulation mondiales, pour la
taxation des transactions financières, le
contrôle des mouvements spéculatifs et la lutte
contre les paradis fiscaux.
Promouvoir au niveau européen et mondial
des règles subordonnant le libre échange au
respect des droits sociaux fondamentaux.
Revendiquer une politique sociale commune
en Europe.
Encourager les membres de nos communautés
à s’engager au profit de la collectivité et du
bien commun.
Promouvoir une éthique personnelle et sociale
basée sur la sobriété, plutôt que le « toujours
plus » : « vivre plus simplement afin que les
autres puissent simplement vivre… »
Favoriser, dans une perspective pédagogique,
l’idée des systèmes d’échanges locaux qui
permettent de comprendre la fonction
première de l’argent comme facilitateur des
échanges.
Promouvoir la création d’emplois liés à la
préservation de l’environnement. De même
développer des emplois de services à la
personne, qui favorisent le lien social.
Exiger de nos Eglises une exemplarité en
matière de politique financière et de gestion
des emplois.
Défendre des systèmes de retraites basés sur
un contrat entre les générations plutôt que sur
la capitalisation individuelle. Elles doivent
assurer un revenu suffisant pour vivre.
Développer des systèmes d’entraide qui
rendent les bénéficiaires acteurs de leur
propre développement.
La crise actuelle, qui nous fait prendre conscience des impasses dans lesquelles nos modes de vie et notre système économique et social risquent de nous conduire, augmente notre responsabilité face à l’avenir. Nous ne voulons pas que nos enfants nous reprochent un jour notre passivité. Toutes ces pistes partagées ici affermissent notre espérance et nous engagent à l’action en faveur d’une économie sociale de marché durable.