Lorraine Centre
Travail du dimanche :
enjeu économique, évolution de société ?
Organisée par l’équipe Nancy 2, cette rencontre sur le travail du dimanche et ses incidences sur la vie familiale, sociale, culturelle et cultuelle, a eu lieu le 15 mai 2009, en présence de M. Laurent Hénart, Adjoint au Maire de Nancy, député de Meurthe-et- Moselle et ancien ministre.
Le groupe est volontairement limité de façon à faciliter les échanges qui suivent l’audition de 7 témoins, sollicités en dehors du MCC, et sans enregistrement par discrétion pour les intervenants. Ces témoins sont issus d’activités et de professions diverses : santé, aide à la personne, grande distribution, animation, restauration, service de secours, étudiant, journalisme.
Sur le travail du dimanche sont rappelées des notions générales :
la tradition religieuse d’un pays rythme encore sa vie socio-économique. Pour l’Europe,
de tradition chrétienne, le repos dominical est de rigueur.
des exigences économiques (usines à feu continu), sociales (santé,
transports),internationales (transports) se sont imposées et ont généré une organisation
du travail et de la vie sociale,
le refus des restrictions de toute nature, allié à une diminution de la rigueur religieuse
ont, insidieusement et progressivement, incité à apporter des commodités
commerciales le dimanche.
Du « tout fermé » en Alsace traditionnelle, on constate que même les plus attachés à
cette tradition ne sont pas les derniers pour déguster le croissant et le pain frais le
dimanche. Ainsi a-t-on assisté à une extension, assez anarchique, de l’activité
commerciale le dimanche obtenue, souvent par pression électorale ou par chantage à
l’emploi, et à des dérogations pour des activités qui ne se justifient pas toujours.
Des témoignages et du débat sont ressorties des positions, aussi bien favorables que
défavorables au travail du dimanche.
CEUX QUI TRAVAILLENT LE DIMANCHE
Certaines professions ne laissent pas le choix de faire autrement. Les personnes
n’émettent pas d’objection, dans la mesure où ce travail est indispensable, et surtout
lorsque l’intérêt général est en jeu (santé, sécurité), ainsi que si le service rendu à la
personne est en cause. Certains le choisiraient par altruisme pour ces raisons. Le
dévouement aux autres — service d’animation à l’hôpital, secours en mer — peut
conduire à travailler le dimanche sans gratification financière supplémentaire. Toutefois
si cette valeur morale s’estompe, la motivation diminue ou disparaît, et l’assiduité s’en
ressent.
A noter que certaines professions font état d’un calendrier sur la base de deux dimanches travaillés par mois (santé), alors que d’autres sont assujettis à travailler tous les dimanches (journalisme, restauration notamment). Certains choisissent, volontairement, de travailler le dimanche et même la nuit, pour négocier soi-même son emploi du temps, sans se le faire imposer, pour obtenir des jours de repos supplémentaires dans la semaine, pour acquérir un gain supplémentaire, pour épargner, pour travailler dans une ambiance plus libre et moins stressante par absence de hiérarchie, ou encore pour permettre une autre répartition des occupations dans la famille (s’occuper des enfants pour les pères). D’autres, chômeurs ou célibataires, subissent moins la pression des employeurs pour le travail du dimanche, car plus disponibles.
Tous font état d’une meilleure organisation de leur vie grâce à une programmation prévisionnelle. A condition de ne pas travailler tous les dimanches, ils disent pouvoir participer aux activités dominicales (familiales ou autres) lorsqu’elles se présentent, par entente et échange réciproque de remplacement avec leurs collègues de service ; l’appartenance à la religion catholique a été citée si le travail du dimanche gêne la participation à la vie paroissiale ; alors qu’une ou deux autres personnes ont mentionné les facilités pour pratiquer leur religion avec les offices anticipés le samedi ou en semaine.
Tous assurent ne pas faire de courses ou d’achats le dimanche ; par ailleurs beaucoup de commerces sont ouverts tardivement les soirs de la semaine. Aujourd’hui les achats se réalisent groupés, en semaine et à échéance hebdomadaire, dans les grandes surfaces, grâce au congélateur et à la voiture.
Tous estiment que le travail du dimanche n’aura qu’une influence très limitée sur l’emploi et n’aura aucune influence sur la relance économique (ce que l’on dépense le dimanche n’est pas dépensé en semaine). Pour l’entreprise, cela réduit sans doute l’amortissement des investissements, mais l’économie réalisée est compensée par des coûts salariaux plus élevés et une grande difficulté pour recruter un personnel qualifié.
CEUX QUI NE TRAVAILLENT PAS LE DIMANCHE
déclarent ne pas souhaiter commencer à s’y engager, même avec augmentation de
salaire. Un jour de repos commun, le dimanche, rythme le temps, c’est un repère
structurant,un facteur stabilisant de la famille, de la santé et de l’équilibre personnel.
Cette pause commune pour la famille lui est nécessaire. Ce temps de repos commun
permet la rencontre des personnes, la réalisation d’activités, la construction du tissu
relationnel et de la cohésion sociale.
Le travail du dimanche est perçu comme une atteinte à la vie des associations, des bénévoles qui s’y consacrent et des personnes qui en bénéficient, en particulier les jeunes et les seniors. Ces personnes relèvent ce que le travail dominical induirait : ouverture des crèches et des garderies pour accueillir les enfants, ouverture de services publics, voire d’écoles, si les deux parents travaillent.
Avancées sociales
Pour les employés du commerce, la suppression progressive du repos dominical se fera
par un temps de travail imposé, assujetti à des horaires et des récupérations modifiées
souvent au dernier moment.
Pour les étudiants, si des emplois le dimanche facilitent leurs finances, cela nuit à leurs
études et augmente leur fatigue.
Les opposants au travail du dimanche rappellent que, depuis un siècle, toutes les
avancées sociales ont permis de réduire progressivement le temps et la durée du
travail.
Le travail du dimanche serait une régression sur les avantages acquis au profit d’une société essentiellement marchande, en dépit du télétravail, des ventes à distances (par correspondance, internet) qui se sont beaucoup développé. Ces personnes estiment inutile de légiférer sur cette question puisque le temps de travail est régi par les conventions collectives et la législation du travail.
La mondialisation de l’économie et son aspect concurrentiel n’est pas la justification absolue et unique pour le travail du dimanche. Certains employeurs (CGPME) s’y sont opposés, tout en reconnaissant leur souci de rentabilisation, évitant fermeture ou délocalisation hors de France. Ces personnes se demandent si le dévouement, qui est réel pour les secteurs de la santé et la sécurité, n’est pas surestimé et survalorisé. Le travail du dimanche bénéficiera (rentabilité et profit) au commerce des grandes surfaces, mais au détriment des petits commerces locaux qui disparaîtront et généreront des déplacements en voitures et des émissions de CO2.
L’avis d’un député, Laurent HENART
L’aspect sympathique de services dominicaux (santé, sécurité) n’est pas à
opposer à celui de la grande distribution. On peut aussi se poser la question de la
réaction de la population si l’arrêt total de toute activité le dimanche était décidé :
boulangerie, pâtisserie, fleuriste, cinéma, restaurant, etc. En revanche il estime qu’il faut
absolument légiférer pour arrêter le développement de pratiques non légales.
Exceptions touristiques. Mais comment définir ce qui est véritablement touristique ?
On ne peut négliger, par ailleurs, les effets de la mondialisation et l’émergence de plus en plus concurrentielle des pays en voie de développement, ainsi que la tendance évidente pour la finance de toujours trouver les mêmes taux de profit. Seul l’Etat peut servir de régulateur et de protecteur pour ses ressortissants. Quoi qu’il en soit, le député se déclare, « comme beaucoup de mes collègues, attaché au repos dominical. Aussi le travail du dimanche doit rester une exception réglementée. » La législation en projet devra concilier, avec souplesse, les pressions qu’exercent le commerce, la notion de zones touristiques et l’intérêt du consommateur et celui du salarié.
L’EQUIPE
Cette rencontre met en évidence que notre société peut ne pas être sous-tendue par
la seule logique économique.
Les différentes expériences du travail du dimanche doivent servir à concevoir une
nouvelle manière de vivre ensemble. Comment réduire le toujours plus de la course
permanente à la consommation ?
Le dimanche apparaît être le jour des activités différentes, un temps de liberté, un temps de rencontres, un temps de loisirs et de culture. L’homme doit rester acteur des choix de vie et acteur dans l’évolution de la société, c’est pourquoi nous voulions marquer notre résistance à accepter la banalisation insidieuse du travail du dimanche. Ce sont les raisons pour lesquelles, pour donner un écho à ces réflexions, nous avons souhaité la participation d’un parlementaire, auquel nous adressons nos remerciements. Des personnes extérieures à notre Mouvement ont été intéressées par ce débat. Plusieurs participants ont manifesté leur satisfaction et leur souhait de voir organiser d’autres débats de ce type sur d’autres thèmes de société.
L’équipe Nancy 2, Septembre 2009