« Aux racines de la crispation anti-migrants », un article d’Hartmut Rosa

////« Aux racines de la crispation anti-migrants », un article d’Hartmut Rosa

Cet article décapant, publié dans la revue Projet, nous offre un regard neuf sur la problématique des migrants, propre à nourrir la réflexion de chacun. Il va aux sources de « la crainte farouche que suscite chez certains l’arrivée de personnes migrantes », et propose en réponse une solution audacieuse pour sauver peut-être notre société de son enfermement.


Très reconnu pour ses travaux sur l’accélération du temps et pour les concepts d’aliénation et de résonance, le sociologue allemand déroule son analyse à partir du double concept aliénation / résonance qu’il avait présenté au Congrès MCC en 2016 (cf. article dans Responsables n° 433-janvier 2017, p28).

Le désir de « rester ce que nous sommes » est une réponse à la menace ressentie devant la différence de l’autre, parce que nous ne nous percevons pas assez forts pour aborder en confiance l’accueil et le dialogue avec l’étranger chez nous, et accepter les changements qui en résulteront pour nous et pour lui. C’est sur ce sentiment de précarité, amplifié par la mondialisation et ses conséquences, que les populismes de droite prospèrent et encouragent le refus des migrants et donc l’enfermement qui entretient l’aliénation du « toujours pareil ».

Pour Rosa, « les réfugiés représentent peut-être notre dernière grande chance de surmonter l’aliénation, d’échapper à la fossilisation et de nous régénérer ». Les conditions politiques ne sont pas favorables, il s’agirait donc de favoriser d’abord des expériences de cohabitation solidaire à une échelle locale, avec deux conditions nécessaires : les arrivants ont pour tous un nom et un visage, et leur arrivée est un signe de renouveau matériel, l’État s’engageant au développement des infrastructures (logements, écoles, services publics de proximité) nécessaires et profitant à l’ensemble de la population. L’idée fondamentale n’est pas d’accueillir seulement, mais de favoriser au-delà de l’accueil et par la cohabitation volontaire, la reconstitution d’une société ouverte, en résonance avec les autres, dont le dynamisme profite à tous et nous sauve du risque de sclérose sociale.

Christian Sauret

À paraître : Résonance. Une sociologie du rapport au monde, Éditions La Découverte

Aux racines de la crispation anti-migrants, Hartmut Rosa, Projet, mars 2018

2018-05-24T11:35:08+00:00