Si vous étiez à Lyon pour le congrès en janvier dernier, vous n’avez pas pu manquer les représentants de la délégation malgache du MCCP (Mouvement Chrétien des Cadres et Professionnels), chaleureusement salués par le Cardinal Barbarin. En août, c’était au tour du MCCP de tenir son congrès, à Tuléar au sud ouest de l’île. Le récit de Brigitte de Metz Noblat, l’une des deux représentants du MCC à ce congrès.

Congrès du MCCP à TULEAR

du 26 au 28 août 2011

A l’initiative de la région Lorraine, une convention de jumelage était signée en août 1999 entre le MCC et le MCCP. C’est donc tout naturellement que j’ai accepté, en tant que responsable de la région Lorraine, la mission de représenter le MCC au 4ème congrès du MCCP. J’ai été accompagnée dans ce voyage par Thierry, un équipier nancéien, qui est né dans la Grande Ile.

Difficile en quelques mots de témoigner de ce qu’il nous a été donné de vivre :

Madagascar1.jpgLe voyage tout d’abord de Tananarive à Tulear: un long trajet de deux jours, 930 kms en minibus, sur la mythique RN7 (et oui, avec les belles bornes du temps de la présence française) : nous traversons de superbes paysages – des hauts plateaux du centre de l’Ile au grand sud surnommé le Colorado malgache avec le parc national de l’Isalo. Tout au long de la route nous voyons les paysans malgaches travailler dur dans les rizières avec leurs zébus et les petits commerçants, souvent des enfants, qui nous proposent légumes, fruits, miel mais aussi bien sûr l’artisanat (jouets en bois, paniers, nappes…). Halte dans les stations de taxi brousse pour un repas avec plat unique à base de riz. Hébergement très sommaire dans un dortoir d’internat avec douche très froide : la frugalité que nous avons évoquée lors du congrès de Lyon est un mode de vie imposée à Madagascar. Certains congressistes qui viennent de l’Est ou du Nord de l’Ile ont 3 jours de trajets – et donc 6 jours aller et retour : nous pouvons tirer exemple de cette volonté de faire mouvement et de se retrouver malgré les contraintes de déplacements.

Le congrès qui a réuni une soixantaine de membres du MCCP sur le thème « Famille en mission » :

Madagascar2.jpgDans une 1ère intervention, le père Noiret, s.j. a présenté la famille traditionnelle malgache et la famille chrétienne. Dans le système traditionnel, le mariage est organisé par les groupes sociaux : la femme est prêtée par le clan à un autre groupe pour concevoir, elle est rendue si le contrat n’est pas rempli, et reprise à sa mort pour être enterrée avec les siens. Chaque clan protège ses filles et ses femmes. Les petits enfants sont cajolés mais les enfants n’ont pas droit à la parole (pas de dialogue dans la famille malgache). La famille chrétienne a une attention à la liberté et la dignité de la femme, à la procréation responsable, à l’éducation des enfants… et la femme sera plus importante que la sœur. Cette intervention a mis l’accent sur deux problèmes sociaux : d’une part, les gens de maison, souvent des membres pauvres de la famille, à qui on fait profiter de la solidarité familiale… mais sans salaire ni horaires réguliers et non déclarés malgré les obligations légales, d’autre part le délitement social : les chrétiens ont une responsabilité pour dépasser les liens du sang, créer la famille des enfants de Dieu et recréer des liens sociaux dans le pays.

Le professeur Rakotoarivelo , philosophe, a présenté les défis de la famille moderne malgache : défis de la foi, défis de la mondialisation, défis de l’éducation. Le rappel de l’enseignement moral de l’Église, notamment sur la sexualité, a conduit à des échanges sur l’éducation des jeunes à la chasteté ; un sujet important dans un pays où les mœurs sont très libres. Le problème du célibat des prêtres à Madagascar lié à la chasteté et à l’éducation familiale a également été posé.

J’ai pour ma part présenté l’évolution de la famille en France, en partant de mon expérience de directrice d’une Caisse d’allocations familiales et en évoquant les réflexions du MCC sur l’équilibre vie familiale et vie professionnelle (cf. diaporama).

L’assemblée générale du MCCP s’est tenue à Mandily dans une école primaire très démunie en mobilier. Les participants étaient assis directement sur le sol pour entendre le compte rendu d’activités des différentes équipes (une petite dizaine) puis procéder à l’élection des responsables nationaux. Deux amis que nous connaissons bien, Joseph Rahasa et Héry ont été respectivement élus président et vice présidente ; l’élection d’une femme est une 1ère dans le mouvement et la qualité de ces deux responsables est porteur d’espoir pour son évolution.

La prière tient une place importante dans la vie du MCCP : on n’hésite pas à aller à la messe à 5h30 et les messes solennelles durent plus de deux heures. Nous pouvons nous associer à leur prière pour les aider à relever les nombreux défis de leur pays.

En effet la situation politique à Madagascar est bloquée : depuis 2 ans et demi c’est la transition, une transition qui dure et conduit le pays dans l’immobilisme, un peuple qui souffre et s’enfonce dans la pauvreté. Le niveau de vie des cadres s’est dégradé. Le sourire qui illumine souvent le visage masque les soucis. La conférence des évêques malgaches a publié en août un communiqué où elle constate que le pays traverse une période sombre dans laquelle la loi est peu respectée : les évêques se demandent si « l’État de droit existe toujours dans le Grande Ile ». Ils déplorent la disparition des repères moraux et l’insécurité. Ils estiment que la situation actuelle « favorise l’endoctrinement et la manipulation de la population » au plan religieux et politique. Pourtant les évêques invitent aussi à l’espérance et font observer que « des hommes censés témoignent de la vérité et résistent aux tentations en affirmant sans crainte leur foi chrétienne et leur identité malgache ».

Dans ce contexte le Nonce apostolique rappelait dans un message adressé aux congressistes que « le milieu familial est une école d’humanité et de vie chrétienne pour tous ses membres, avec des conséquences bénéfiques pour les personnes, l’Église et la société….. Les familles sont une bonne nouvelle pour notre société et pour notre Église dans le cadre du développement humain, économique et culturel, elles sont espérance ».

Merci à nos amis du MCCP de leur accueil chaleureux.

Brigitte de Metz Noblat