Les Journées nationales

Les « Journées emploi » de 1983 – page 185

Pourquoi des journées emploi ?

C’est au cours de la réunion de mai 1982 de l’Équipe nationale (qui rassemble le bureau national et les responsables régionaux du MCC) que fut, pour la première fois, lancée l’idée de « journées emploi ». En réalité, cette idée fut, à ce moment-là, peu discutée : l’ordre du jour, comme toujours chargé, laissait peu de temps pour prendre la mesure d’une proposition aussi improvisée. Tout au plus évoqua-t-on le fait qu’il pourrait y avoir, en France, plusieurs journées emploi : le chiffre de six fut même cité…
Ainsi naissent les événements, de manière parfois beaucoup plus modeste qu’on ne l’imagine. Ce petit germe d’idée, jailli au détour d’une rencontre de responsables du MCC, était pourtant destiné à devenir grand.

Depuis plusieurs années, la montée du chômage nous préoccupait dans les équipes, nous sautait souvent à la gorge quand il atteignait directement tel ou tel d’entre nous, ou tel ami proche, ou encore quand nous prenions conscience du scandale d’une société où les jeunes, massivement, ne trouvent pas d’emploi. Réunions d’équipes, conférences-débats, articles dans « Responsables » nous avaient incités à y revenir sans cesse, sans d’ailleurs que nous voyions très bien quoi faire d’autre que le gros dos, face à une situation qui semblait dépasser tout le monde – les gouvernements, les experts, nous-mêmes – il s’agissait au fond de s’organiser au mieux pour « subir » la crise.

Je crois que le petit germe d’idée des journées emploi était précisément destiné à nous entraîner dans une autre perspective que celle de subir. Car la tentation était forte de succomber à un sentiment de ras-le-bol, à force d’entendre toujours parler de la même chose : la tentation était grande, d’avouer notre impuissance. « On ne voit pas de solution, en dehors de quelques microréalisations sans commune mesure avec l’ampleur du drame. ». Pourtant, avions-nous le droit de nous croiser ainsi les bras, nous qui malgré tout sommes côté des décideurs ? Pouvions-nous rester passifs face au risque de désespérance de « débrayage », qui tendait à contaminer la société, par exemple dans le cas du chômage des jeunes ?

Ces questions, que déjà beaucoup d’entre nous se posaient, certains « interpellateurs » extérieurs nous les avaient renvoyées avec une force particulière. _ Jean Saint-Geours, qui était à l’époque délégué national à l’Emploi, nous avait demandé « de sensibiliser les décideurs sur le problème du chômage et de l’emploi… Que les chrétiens, que les décideurs chrétiens, se sentent mobilisés dans cette lutte contre le chômage.. S’ils ne le sont pas, qui le sera à leur place? » (Responsables n° 137, mai 1982). De son côté, Jérôme Vignon, responsable national du MCC, conseiller technique du ministre de l’Économie et des Finances, lançait un appel à notre responsabilité (Responsables », n°140, septembre-octobre 1982) : face au chômage, l’État miracle n’existe pas, et l’initiative, en particulier de la part des cadres et dirigeants, est de plus en plus nécessaire.

Sensibiliser les cadres – dans et hors du MCC -, faire appel à leur intelligence, à leur initiative, à leur sens des responsabilités pour œuvrer positivement à l’emploi en un mot agir sur les mentalités, c’était certainement quelque chose que nous savions faire dans notre Mouvement.

Les journées emploi d’octobre 1983, largement ouvertes à tous les acteurs économiques, ont sur ce point atteint leur objectif.

Mais elles n’avaient pas pour seul but d’être une réponse, en quelque sorte technique, au problème de la crise. Ni seulement de faire écho à un appel de responsables gouvernementaux. (Certains, dans le MCC, ont d’ailleurs toujours été soucieux de ne pas se situer sur le terrain d’une politique qu’ils ne cautionnent pas.). En réalité, ce sentiment que nous n’avions pas le droit de nous croiser les bras rejoignait d’autres convictions venant, elles, de l’Évangile. Je voudrais à cet égard porter témoignage de ce que nous avons vécu en bureau national, de ce que nous avons réfléchi, médité, prié ensemble. Notre conviction, lentement mûrie, était que Dieu nous convie à être les prophètes et les artisans d’un monde qui soit plus juste pour les pauvres. Qu’il était possible de faire des « premiers pas » pour que ce monde plus juste commence à devenir une réalité. Que cela était non seulement possible mais nécessaire si nous voulions que notre annonce de l’Evangile ne reste pas vaine parole. Et surtout que pour nous, cadres, dirigeants, responsables d’entreprises, pour nous qui sommes du côté de ceux qui d’une façon ou d’une autre ont le pouvoir, ce souci de solidarité avec les plus pauvres, devait nous inciter à nous mobiliser sur la question de l’emploi.

Bien sûr, nous n’avions aucune illusion : notre action pour l’emploi ne pouvait avoir aucun effet de baguette magique, nos petites gouttes d’eau ne pouvaient avoir que peu d’influence sur la marée du chômage.

Les journées emploi visaient ainsi, à côté de leur objectif technique, à être un témoignage d’espérance. La présence de très nombreux évêques ou responsables diocésains à ces journées a montré que ce souci de témoignage était jugé important, venant du morceau d’Eglise qu’est le MCC.

Une préparation qui a mobilisé, beaucoup, d’énergie

En décentralisant au maximum ces journées, le Mouvement voulait mobiliser les secteurs et les équipes de base, afin que cette préparation puisse se faire à partir des préoccupations locales et en associant le plus largement possible d’autres partenaires. Au départ, il y eut beaucoup d’interrogations: à quoi cela servira-t-il ? Comment s’y prendre ? Puis progressivement les plus dynamiques se sont attelés à la tâche.

Nous présentons ici quelques aperçus révélateurs de cette préparation dont parfois l’impact a été plus important encore que la journée elle-même. Les exemples choisis ne sont pas des modèles, mais des illustrations des démarches entreprises.
A NANCY, le coup d’envoi a été donné par la Région MCC dès le mois de décembre 1982, en sollicitant toutes les équipes pour qu’elles apportent leurs, propositions, leurs témoignages.

Une équipe de préparation s’est formée et s’est réunie quinze fois. Cinq personnes extérieures au Mouvement ont été invitées à certaines de ces réunions de préparation et ont contribué à l’avancement du projet : un responsable du développement social dans un grand groupe cherchant à gérer le départ d’une centaine de personnes ; deux responsables de l’APEC ; une responsable d’une permanence d’informations et d’orientations des jeunes.

Au départ, le groupe s’est demandé s’il n’y avait pas contradiction entre l’envie de lancer des actions avec d’autres et la démarche pour un changement de mentalités en accord avec l’Évangile en fait, tous chrétiens ou non, nous sommes appelés à évoluer dans nos comportements et modes de vie.

Assez vite, le groupe a pu réunir la liste de tous les organismes concernés par les questions d’emploi : une trentaine ont été répertoriés.

Voici en vrac la liste des organismes avec lesquels un contact personnel a été pour présenter le projet et demander en quels termes ces organismes abordaient le problème de l’emploi : les grandes écoles ; les universités ; des centres d’information et d’orientation des jeunes ; la municipalité «Lorraine-Alternative » ; un Centre d’Aide par le Travail; l’Association des Paralysés de France; l’APEC ; l’ANPE; la Chambre de Commerce et d’Industrie; l’ASSEDIC; l’ANVAR; PROSIP (Promotion du Site) ; EGEE; des banques; la JOC; la Chambre des Métiers; la Confédération des SCOP; Promotech; la Jeune Chambre Économique ; des entreprises de travail temporaire; des syndics. La plupart de ces contacts ont été très encourageants. Beaucoup d’organismes ont préparé des panneaux ou accepté la responsabilité d’un stand pour le forum. Certains ont ouvert les colonnes de leur revue pour des articles de présentation de la journée.

Il faut souligner une ligne de force qui a été présente au cours de cette préparation. L’équipe de coordination s’est sentie elle-même interpellée tout particulièrement par des appels bien concrets.

Certains avaient déjà l’idée de lancer un Groupe d’appui pour l’emploi des cadres (GAEC). Le réseau de relations qui s’est tissé au fur et à mesure a permis d’élargir l‘audience de ce projet. Le lancement a été annoncé dans la presse.

Dans le même esprit, une antenne de l’EGEE a commencé à prendre corps à Nancy, toujours grâce aux contacts pris lors de la préparation des journées Emploi.
Enfin, un travail de fond a été fait sur la notion d’interface entre demande et offre d’emploi. Comment améliorer l’adéquation qualitative entre ces deux termes ?
Les résultats ont été à la hauteur de l’effort fourni 400 personnes à la table ronde et au forum. Presque 300 au dîner-débat qui a suivi (et pas toutes les mêmes). 420 à la célébration eucharistique.

L’événement a été commenté dans une dizaine d’articles. De plus, la Journée Emploi a permis de valoriser dans la presse certaines réalisations comme le projet d’ « idées-Vosges » qui propose des rencontres, une méthodologie pour aider les gens à faire émerger leur propre potentiel même, une grande importance a été donnée quelques semaines plus tard à la signature des premiers contrats « solidarité-installation » grâce a la sensibilisation aux questions d’emploi de certains journalistes.
Dans l’Eure (Evreux-Vernon), il a fallu du temps pour que mûrisse l’idée journée autonome par rapport à Rouen. «Les équipes ne semblaient pas très motivées par ce thème de l’emploi, certaines se déclarant même tout à fait allergiques » En juin, une première réunion a rassemblé douze personnes. «Pour ne pas baisser les bras, on a décidé de faire une journée dans l’Eure, plutôt tournée vers l’extérieur du Mouvement, puisqu’un bon accueil avait été réservé par différents organismes : l’ANPE, la Chambre de Commerce et l’Association de Formation Professionnelle de l’Eure. »

A Toulouse, au contraire, toutes les équipes se sont mobilisées, chacune ayant accepté la responsabilité d’un panneau pour une exposition-forum. Voici quelques thèmes abordés dans ces panneaux :

— Un chômeur = 1 ? Non, 1 chômeur = famille, commerce, productions. Ne pensons-nous pas trop souvent à l’emploi que lorsqu’un proche est touché par le chômage?

— Et si ton fils ou ta fille était chômeur, que lui dirais-tu de ton action?

— Accueillons fraternellement les nouveaux venus dans notre ville et dans notre entreprise. Nous désamorcerons ainsi une part des craintes de mutation.

A Lille aussi, et dans bien d’autres villes, les équipes se sont mobilisées, par groupes de deux ou trois, pour préparer certains sujets et les ont présentés le 16 octobre sous forme de panneaux.

A Rennes, une même mobilisation a débordé largement le MCC. A la Chambre des Métiers, ce fut une quarantaine d’organismes, associations syndicats, clubs qui animèrent des stands autour desquels fut organisé un vaste forum. La Journée Emploi elle-même fut l’aboutissement d’un travail marqué par cinq soirées-débats qui réunirent chaque fois une cinquantaine de personnes.

Voilà le témoignage de l’équipe de Valenciennes qui prit en charge la préparation de la journée du 16 octobre :

«Se voir confier, à la veille des vacances, la préparation d’une manifestation qui devrait avoir lieu en octobre n’est pas spécialement palpitant. L’attente du secteur cependant était suffisamment claire pour faire vite et nous mettre au travail.
Au cours de la première rencontre, nous avons arrêté les grandes lignes de cette journée, son contenu, son déroulement et nous nous sommes répartis les contacts à prendre. La journée doit permettre une information, faciliter les échanges, favoriser, l’expression de témoignages. La préoccupation de l’emploi sera portée par des responsables sociaux, politiques et économiques du Valenciennois mais aussi par des acteurs de terrain, des artisans, des créateurs d’entreprises, des animateurs d’associations, etc.

Cette préoccupation doit se manifester par rapport aux étrangers, aux handicapés et à toute une population exclue du marché de l’emploi mais qui pourrait revendiquer sa place et participer à la réflexion.
Ce projet qui consiste à s’informer à imaginer, à prévoir, à évaluer, à prendre des risques, même s’ils sont limités, est au centre de ce que nous voulions faire et dire à cette journée du 16.

Notre joie a été de nous retrouver ensemble pour bâtir un projet d’échange sur nos expériences et nos rencontres au sein même de notre équipe. C’est aussi ce sentiment de joie que nous avons retiré de contacts pris avec des hommes, des femmes prêts à partager nos préoccupations. Nous les connaissions pas, nous ne savions même pas qu’ils existaient, et tout de suite ils nous ont dit « d’accord on va vous aider ».

…et mobilisé beaucoup de monde

Plus de 6000 personnes ont assisté aux Journées Emploi organisées dans 50 villes de France. La moitié environ de cette assistance n’était pas membre du MCC. Il faut souligner la diversité des participants extérieurs

— six évêques ou évêques auxiliaires et six vicaires épiscopaux ;

— des représentants d’autres mouvements d’Église : l’ACI dans plus de la moitié des villes, le CFPC dans une dizaine de villes, l’ACO dans cinq villes, la JIC, la JOC, l’ACGF, le CMR, la JEC, le Secours Catholique, l’ACE, « Vie nouvelle », « Vivre ensemble l’Evangile », le CCFD

— des représentants de l’État et des organismes publics :

• l’ANPE a été présente dans plus de vingt villes, souvent par ses responsables régionaux ou départementaux,

• cinq responsables de directions régionales ou départementales du Travail et de l’Emploi,

• un sous-préfet, un recteur d’académie, un président de tribunal de commerce,

• des responsables de formation professeurs d’université, IUT, mission d’éducation permanente, Agence pour la formation permanente pour adultes dans cinq villes au moins,

• des représentants de l’INSEE ;

— des organismes chargés particulièrement des questions de l’emploi et de la vie économique ;

— dans plus de trente villes, les chambres de Commerce et d’industrie se sont mobilisées pour apporter un concours actif. La plupart du temps, ce sont les présidents ou les secrétaires généraux de ces organismes qui sont intervenus ou qui ont assisté débats ;

— les Chambres des Métiers et Départementales d’Agriculture ont été présentes dans cinq villes ;

— on relève aussi la présence d’un président de Comité économique et social, d’un Comité d’expansion, d’organismes parapublics ou associatifs chargés de la promotion de l’emploi dans des régions ou des bassins d’emploi ;

— le Centre des Jeunes Dirigeants d’Entreprise a été associé dans près de dix villes. Ont participé aussi des représentants de créateurs d’entreprise ;

— des syndicalistes représentant la CFDT, la CGC, F0 ont été présents ou sont intervenus dans plusieurs villes dans une quinzaine de villes ;

— dans une quinzaine de villes, des représentants des élus locaux sont aussi intervenus : députés (trois), président de Conseil général (un), conseillers généraux (cinq), maires et conseillers municipaux dans une dizaine de villes.
Pour annoncer ou commenter cette manifestation, il y eut près de 150 articles dans la presse régionale et locale, une dizaine dans la presse nationale et une dizaine d’interventions sur les radios locales.

Flashes – Ils ont créé une entreprise

 DUNKERQUE: Des premiers pas à la décision de créer son entreprise : «Pourquoi avoir quitté mon emploi stable et assuré de conducteur de travaux ?» Tout d’abord, ce qui m’a mis en chemin, ce fut de participer financièrement, avec d’autres, au redémarrage d’entreprises en faillite, après une occupation des locaux par les ouvriers. Les opérations auxquelles j’ai participé ont débouché sur la création de SCOP .
» La deuxième raison, c’est le désir de travailler autrement, c’est-à-dire avec d’autres rapports entre ceux qui commandent et ceux qui exécutent, le désir de créer une certaine autogestion et la prise de responsabilité de chacun aux résultats de l’entreprise.
» Enfin, j’avais le désir d’être moi-même plus responsable, de gérer, d’avoir la responsabilité du personnel, les contacts avec les clients. »
Alors, avec trois amis de son entreprise de TP, X… a repris une toute petite entreprise de menuiserie qui a maintenant une dizaine de salariés. Tous sont maintenant actionnaires. «Nous avons essayé d’informer régulièrement le personnel sur les résultats de l’entreprise, ses commandes, de faire participer à l’organisation des tâches. »

Pourtant, tout n’est pas aisé : un revenu qui a diminué, un temps de travail accru. « Je découvre les limites de l’idéal chrétien que je voulais construire, mais j’y reçois beaucoup dans le dialogue, les confrontations, l’apprentissage des différences. J’y apprends une certaine humilité et à tenir compte beaucoup plus des hommes et des femmes qui la composent. »

 CREIL-CHANTILLY : Créer son entreprise, c’est franchir des obstacles multiples. A Mouchy-Saint-Eloi, une personne a mis le doigt sur toutes les difficultés à assumer pour créer son entreprise après avoir été licencié.

«Il y a les barrières réglementaires. Dès que l’entreprise est créée, les indemnités de chômage sont interrompues. On entend beaucoup de bonnes paroles, mais peu d’entreprises se risquent à donner du travail à quelqu’un qui se lance. Il faut consentir un effort financier considérable, hypothéquer tous ses biens, les banques voulant minimiser le risque. Tout ceci pour gagner 5000 F par mois au bout de quatre ans, alors que les cadres des grosse entreprises eux, ont des salaires élevés et assument en définitive peu de risques personnels.

Pourtant, malgré ces difficultés, il y a la satisfaction d’être son propre maître et de ne dépendre de personne.»

Ces phrases ont fait choc sur l’auditoire.

 A PAU, M. L…. a quitté la Société Nationale des Pétroles d’Aquitaine après cinq ans.

« Pourtant, la SNPA a bonne réputation — détail — mais j’avais des idées d’aventure. J’ai commencé avec la prime de licenciement (si vous n’avez pas d’argent, il faut commencer très “ petit “). En commençant à quelques personnes, nous avons transposé des techniques de mesures électroniques utilisées dans 1es forages pétroliers pour les appliquer au secteur du génie civil. Il se fore bien plus de mètres dans les travaux publics, que dans les forages pétroliers. Assez rapidement, nous avons fabriqué des appareils électroniques de mesures pour des marchés publics (EDF). L’entreprise s’accroît de deux personnes par an. Nous sommes seize actuellement. »

 TOULOUSE: Après quinze années passées dans le Tiers-Monde et en France comme formateur agricole, M. V… est licencié en 1979. Il décide alors de créer sa propre affaire dans le domaine, de la production documents vidéo.

De cette expérience, qui a réussi M. V:..tire des enseignements longuement mûris, parfois un peu teintés de scepticisme.

D’abord, il faut être inconscient pour créer une entreprise. Non seulement, il faut franchir une multitude d’obstacles, surmonter d’innombrables difficultés, avec l’INSEE, les ASSEDIC, voire avec l’avocat de qui on attend pourtant des conseils, mais il faut aussi trouver des capitaux, sans pouvoir compter sur les banques. Et il faut aussi « s’asseoir sur la famille ».

Le deuxième enseignement est que le créateur doit avoir une capacité à changer très rapidement. Avant, on était payé ; après il faut au contraire payer – surtout avec les organismes sociaux, Il faut assimiler multitude de tâches nouvelles, être capable de toutes les faire. A cela s’ajoute, dans le cas particulier du producteur de documents vidéo, la très grande diversité des thèmes traités : documents pour la formation des personnels, thèmes techniques pour des laboratoires pharmaceutiques, montages publicitaires. Cela ne facilite pas la constitution d’une équipe homogène.
Enfin, après quelques années de fonctionnement, d’autres problèmes apparaissent. L’employeur est amené à prendre de la distance avec ses employés : c’est ainsi qu’il devient maintenant nécessaire de mettre en place des fiches de contrôle du travail des employés, qu’il faut leur faire prendre conscience de la dimension économique de l’entreprise…
Et puis, demeure toujours le sentiment de travailler sans filet.

 DUNKERQUE: Une entreprise de travaux publics de 150 personnes est à vendre.
« J’étais cadre comme vous dans une entreprise concurrente et le dossier de cette entreprise est arrivé sur mon bureau. J’ai soutenu qu’il fallait acheter. On ne m’a pas suivi. J’ai donc décidé d’œuvrer autrement. Nous avons hypothéqué tous nos biens, ce qui représentait 30 % de la valeur réelle de l’entreprise. Puis à dix, cadres, agents de maîtrise et quelques ouvriers, nous avons acheté le reste à tempérament. Aujourd’hui, nous sommes 260 dans cette entreprise dont 50 % sont actionnaires. Les parts se répartissent de telle sorte que personne ne détient la majorité: 30 à 35 % pour les cadres ; 25% pour les agents de maîtrise ; 20 % pour les ouvriers.

Quand il nous est arrivé de traiter avec une entreprise sidérurgique, nous avons dû envoyer la composition de notre conseil d’administration et de nos actionnaires. On leur a envoyé toute la liste du personnel avec les fonctions de chacun. Ils n’en sont pas encore revenus. »

Quelques années plus tard, X… aide à repartir une autre entreprise qui s’était complètement arrêtée pendant dix-huit mois. Elle occupe aujourd’hui 70 personnes et « tient la route ». Cela grâce à la motivation d’une équipe ; mais il faut aussi un ou des leaders qui forment cette équipe ».

 A Dunkerque, une grande entreprise aide des PME !

Une société alimentaire prend conscience que l’amélioration nécessaire de sa productivité va libérer des emplois : que faire alors pour participer activement à la lutte contre le chômage ?

Elle apporte son assistance à des PME ayant un domaine d’activité voisin et novateur pour les aider à se développer. Ainsi, elle apporte son système de distribution pour lancer rapidement un produit nouveau : l’omelette en pâte.

De plus, elle incite les membres du personnel à créer leur propre entreprise. Pendant six mois à un an, après avoir sélectionné les projets, l’entreprise donne une formation au rôle de chef d’entreprise. En cas de décision définitive positive, la société apporte son concours à la jeune entreprise, par un appui auprès de clients potentiels et en lui assurant un minimum de débouchés. En 1982-1983, ceci a concerné un ouvrier qui a créé une entreprise de dépannage, un agent de maîtrise qui va créer une chaîne d’emballage et un cadre qui se prépare à ouvrir un cabinet-conseil.

 A Gravelines, nu exemple de sous-traitance

La centrale de Gravelines a pris le risque de confier des travaux de maintenance à des entreprises locales qui, à l’origine, n’étaient pas familiarisées avec ce type d’intervention, avec des contraintes de sécurité sévères. Certainement, au début, EDF aurait eu avantage à faire venir des spécialistes d’autres régions lointaines. Mais à terme, tant sur le plan économique que pour la sécurité des installations, il vaut mieux que ce soit un habitant d’une commune proche qui intervienne en maintenance à Gravelines. Ne sera-t-il pas motivé pour que la centrale marche le mieux possible et en toute sécurité que s’il venait de 200 km de là, deux fois par an ?

 A Évreux: l’action d’une Chambre de Commerce et d’industrie

Ce n’est que vers 1981 que la CCI d’Évreux a commencé à se mobiliser à la suite d’une étude prospective prévoyant pour la période 1982-1983 la suppression de 27 000 emplois. « Eure – Initiative» groupe actuellement 120 membres qui ont tous une compétence dans un domaine et qui acceptent de consacrer bénévolement un peu de leur temps pour aider quelqu’un qui veut créer une entreprise. Cette association reçoit actuellement de deux à trois candidats par mois. Ces candidatures sont examinées par un groupe de trois volontaires, dont un chef d’entreprise, un membre de profession libérale et un troisième d’une compétence adaptée au cas. Puis la candidature est examinée en comité. En cas d’avis favorable, un parrainage de deux ou trois membres est créé pour l’aider dans les domaines où le candidat est fragile (commercial, juridique, etc.). Chaque mois, le nouvel entrepreneur remet un rapport d’exploitation.

Déjà deux banques ont accepté de jouer: le jeu et font des prêts d’honneur. 540 emplois sont déjà créés dans 42 entreprises.

 A Bordeaux : une entreprise pour la forêt landaise

« Au départ, mon intention était de revenir dans mon canton après mes études d’ingénieur et de le faire profiter de mes connaissances et en contrepartie d’y trouver un soutien pour mes projets.J’ai donc suscité une association de composition très variée pour explorer les diverses voies permettant de créer des emplois et examiner les différentes pistes. L’idée retenue fut de valoriser les sous-produits de la forêt landaise : les cimes des arbres sont d’habitude abandonnées. Pourquoi ne pas les récupérer ?

Après une étude très sérieuse, le financement a été trouvé auprès de particuliers habitant le canton et de deux organismes financiers. L’entreprise tourne, maintenant depuis deux ans. »

 Près de Toulouse : l’action d’une municipalité

Depuis plusieurs années, cette commune de la banlieue de Toulouse avait cherché à maîtriser l’urbanisme local, et en particulier à éviter l’implantation sauvage d’entreprises. D’où la création d’une zone industrielle.

Là-dessus, est intervenue la crise de l’emploi. La démarche antérieure — de contrôle des activités industrielles sur la commune — a alors pu avoir des retombées positives. Une ZAD avait en effet été créée (sur laquelle la commune a droit de préemption), ce qui a conduit la commune à acquérir une entreprise qui y était installée. Sur le terrain de cette entreprise, la commune a favorisé l’implantation de quatre petites entreprises.

La municipalité s’est attachée à faciliter au maximum les choses pour ces nouvelles petites entreprises. Les locaux leur ont été loués à bon marché, sans formalités particulières : on ne leur a pas demandé un autre dossier, venant s’ajouter aux innombrables dossiers que doivent établir ceux qui veulent créer une entreprise. Il ne s’agissait pas d’ajouter un obstacle supplémentaire, mais au contraire d’apporter le maximum d’aide à ces nouvelles entreprises, en leur évitant les investissements immobiliers.

Sur ces quatre entreprises, deux n’ont pas à survivre ; les deux autres au contraire semblent avoir passé le premier cap. D’autres viendront remplacer celles qui ont disparu.

La municipalité envisage maintenant d’élargir l’expérience. Un emprunt va être lancé dans la population, en vue de construire d’autres locaux à mettre à la disposition d’entreprises qui démarrent. Bien sûr, cela nécessitera un effort d’explication auprès de la population, mais on en escompte une retombée positive, dans la meilleure sensibilisation des habitants au problème de l’emploi.

 A Bagnols-sur-Cèze : comment remplacer la main-d’œuvre maghrébine?

L’arboriculture, dans la moyenne vallée du Rhône, nécessite un travail saisonnier au moment des récoltes ou des tailles.

« Les étrangers étaient très appréciés — dit M. M… — dans la mesure où ces personnes connaissaient déjà le métier et leur disponibilité était grande. Avant 1980, la main-d’œuvre était donc largement composée de personnes originaires du Maroc, mais aussi d’Espagne, habituées aux travaux des champs. Mais ce personnel exigeait un nombre d’heures de travail élevé, ce qui posait problème vis-à-vis de la législation du travail.

Depuis 1980, avec le concours de l’ANPE, il a fallu faire appel à une main-d’œuvre locale, féminine à 80 %. L’entreprise a dû s’adapter à cette nouvelle main-d’œuvre :

— en réduisant et aménageant les heures de travail, notamment en fonction des obligations familiales de ce personnel ;

— en s’équipant en matériel spécialisé pour faciliter et réduire les efforts physiques d’une main-d’œuvre moins habituée aux travaux agricoles. »

 Des emplois chez nous ou dans le Tiers-Monde?

Une entreprise de chaussures de Bretagne a implanté un atelier en Tunisie. Ce sont des raisons économiques qui ont poussé à faire ce choix, les salaires étant inférieurs dans le Tiers-Monde. La Tunisie a été choisie car c’est un pays proche, francophone, francophile et où la législation est favorable aux investissements étrangers. L’implantation s’est bien faite.

Cet atelier travaille uniquement pour l’exportation : il ne concurrence donc pas les autres entreprises tunisiennes sur leur propre marché. De plus, progressivement, des cadres et des agents de maîtrise locaux se forment.

Cette implantation n’a pas diminué les emplois en Bretagne.

 NORMANDIE : Au Crédit Industriel de Normandie, c’est après une consultation de l’ensemble du personnel que la politique de temps partiel a été déterminée; 86 % des agents ont répondu à cette enquête. La synthèse a été faite par un groupe de travail associant la direction, les cadres, la maîtrise et les employés. Des propositions concrètes ont été formulées permettant le temps partiel à trois ou quatre jours par semaine, répondant à de nombreuses demandes, notamment de femmes, tout en restant compatibles avec les contraintes des agences à faible effectif. Actuellement, 8,3 % du personnel travaille à temps partiel avec réduction du salaire en proportion. Les heures de travail perdues ont été compensées par des embauches équivalentes.

 AUVERGNE : Si la réduction du temps de travail comme source de création d’emplois est encore contestée par certains, force est de constater que dans certains cas elle est un moyen efficace pour au moins maintenir l’emploi. Dans une ville moyenne de 20 000 habitants, une entreprise risquait de licencier 200 personnes. II a fallu entamer un long dialogue avec le personnel et les instances locales pour trouver une solution. L’horaire est passé à 35 heures par semaine mais avec travail le samedi.
En 1983, les salaires ont été bloqués mais avec prime de compensation. _ L’encadrement, quant à lui, continue de travailler 40 heures mais avec un salaire diminué de 9 %. Toutes ces mesures sont bien critiquées mais l’emploi est maintenu.

 A LYON : « Je suis responsable de fabrication dans une PME de l’industrie para-chimique qui emploie cent personnes. Je n’ai pas de pouvoir de décision en matière de salaire et d’embauche. J’ai un pouvoir de propositions.
Dès l’annonce de la réduction d’horaire hebdomadaire de 40 heures à 39 heures les consignes de la Direction générale étaient d’opérer cette réduction sans nouvelles embauches avant même de connaître les décisions officielles en matière de rémunération.

Au départ, je n’avais pas envie de faire, quoi que ce soit. Attendre des directives, des décisions et les faire appliquer. Cette réduction d’horaire, ce n’était pas mon problème au poste que j’occupais. Puis, je me suis dit que je ne pouvais pas rester passif. Il fallait que j’ose parler de partage du travail et de solidarité. Intérieurement, j’étais tracassé.

J’ai donc décidé d’aborder le problème de l’emploi et du chômage avec les cinq agents de maîtrise de la production. Mon objectif était d’amener le groupe encadrement de la production à réfléchir sur la solidarité en matière d’emploi.

J’étais confronté au scepticisme général, au chacun pour soi, à l’idée qu’une heure de moins par semaine on arriverait bien à l’absorber…

Les agents de maîtrise signalèrent tout de suite que la création d’un poste de polyvalent serait bien utile pour compenser les absences au travail au lieu de prendre des intérimaires dont le coût annuel avoisine le salaire annuel d’une personne et dont le rendement n’était que de 50%.

Mais les blocages sont tels actuellement dans mon entreprise en ce qui concerne les embauches nouvelles qu’un tel argument n’a pas encore reçu l’approbation de mes supérieurs.

Ce qui est important pour moi n’est pas tant la réussite immédiate que la prise de conscience qu’il est possible à tout moment de prendre un problème en main. »

 ROUEN « Dans les ateliers de fabrication de grande série, on constate que les machines sont mal utilisées (pannes, interruption non programmées) et que le personnel n’est pas motivé par la bonne marche de l’outil de travail. Chez Renault, une expérience dure depuis trois ans dans un atelier fabrication de moteurs. Le personnel est réparti par groupes de quatre à dix personnes chargés d’assurer l’ensemble de la marche d’une installation. On ne lui demande plus d’agir selon une règle mais savoir réagir face aux situations. C’est le groupe lui-même qui gère les temps de repos à l’intérieur de la journée et sur l’année de telle sorte que la marche des installations reste continue.

On constate aujourd’hui dans ces ateliers une réelle vie de groupe. Les rendements sont accrus. Certes, les travailleurs disent qu’ils travaillent plus qu’avant — et c’est vrai — mais ils ne voudraient pas revenir en arrière car ils sont plus libres et font maintenant partie d’une équipe.

 A NANTES – comme ailleurs – des besoins criants existent pour répondre aux difficultés de certaines femmes. Il faut des structures d’accueil. Seul, on ne peut rien faire. Mais en se mettant à plusieurs, tout est possible. C’est ainsi qu’une mère au foyer revient après une réunion comme présidente d’un conseil d’administration. Il faut trouver des fonds, un local, déterminer un projet éducatif… Grâce à la détermination de tous, le projet prend corps et un centre d’accueil est créé onze personnes sont embauchées pour son animation.

 A Nancy : handicapé physique lui-même, le directeur d’un groupement d’handicapés souhaitait lancer un « service auxiliaire de vie » pour aider les handicapés dans la vie courante. Un article de presse et, le lendemain, une coiffeuse professionnelle proposait ses services. Après avoir vérifié que rien ne s’opposait à exercer ce métier au domicile des clients, le GIHP a donné suite et envisage maintenant l’embauche d’une deuxième coiffeuse.

 Choisir d’être déstabilisé

Ce témoignage venant de CAEN montre que lorsqu’on a choisi la voie du risque, elle vous réserve des surprises.., mais la vie a un autre goût !

«Je suis né dans un coin perdu, sans eau, gaz et électricité, mais aussi sans sécurité sociale, sans sécurité du tout. J’ai eu la chance de faire des études, de visiter une quarantaine de pays, et que mon épouse ait accepté dix déménagements. Après, avoir travaille dix-sept ans dans le même groupe TP et vécu toutes les phases de la vie d’une entreprise, j’ai voulu larguer les amarres avec cette société où ma carrière était toute tracée. On ne peut rester dans l’avion et goûter les joies du parachute !

J’ai donc pris une période de disponibilité, prolongée. Ma femme et moi avons retrouvé quelques-unes de nos raisons dans la lettre des Evêques « Pour de nouveaux modes de vie. »

En septembre 1982, à la rentrée scolaire, mon fils me demande : “Papa, sur ma feuille de renseignements, on demande la profession du père. Qu’est-ce que je mets ?

Tu mets Ingénieur civil des Ponts et Chaussées.

Mais papa, je croyais que tu nous avais dit que ça c’était un titre et non une profession.”

Deux jours plus tard :

“Papa, un copain m’a dit ce matin que tu étais chômeur comme son père. Quand j’ai dit non, il m’a lancé : “ Bien sûr que si, puisqu’il reste à la maison.“ Est-ce vrai que tu es chômeur?”

En septembre 1983, au petit déjeuner :
“Papa, quand est-ce que tu vas travailler ?

Je pars en même temps que toi. Je serai à la mairie toute la matinée, puis, à midi, je vais à Paris pour préparer mon prochain voyage en Pologne. Comme je reviendrai tard, je ne te reverrai d’ailleurs que demain matin.

Mais papa, ce n’est pas du travail puisque tu n’es pas payé…”

De mon expérience, je tire les quelques réflexions qui vont suivre à propos de l’immigration :

Qui a été Français à l’étranger, dans un pays inconnu, qui s’est retrouvé analphabète, incapable de demander un renseignement à quiconque sauf à son chauffeur (si sa société a pu lui en offrir un), ne sait ce qu’il y a de souffrance et d’isolement derrière le mot immigré.

J’ai revu il y a quelque temps un des vingt ou trente ouvriers turcs que j’avais fait venir il y a dix ans dans le Calvados. Il s’y est installé avec sa famille. Il a perdu en dix ans un fils et un frère sur les chantiers. Si c’est la cendre des morts qui crée la patrie, est-il plus noble de mourir sous une bombe que sous un voussoir de pont ?

Les entreprises à l’exportation

Une implantation à l’étranger est toujours une aventure à haut risque. Cela exige souplesse et rapidité de réaction pas toujours compatibles avec cartésianisme et centralisation. Notre goût pour les luttes intestines conduit parfois à des concurrences franco-françaises aberrantes.

Présence de la France à l’étranger

De l’attaché commercial déclarant en 1975 : Sachez, messieurs, que je suis ici pour représenter la France et non les Français : on est heureusement passé à une génération d’hommes sachant utiliser un télex, organiser parfaitement des rencontres, bref étant des aides efficaces.

La création d’entreprises en France comme en Iran ou au Venezuela, c’est une idée, une méthode, une éthique, de la chance, et de la pugnacité.

L’idée en l’occurrence fut l’émulsification des bitumes. L’éthique m’a permis de ne jamais payer de commission où que ce soit pour obtenir un marché; cela m’a coûté du temps au début, mais s’est avéré rentable à terme. Dans l’entreprise, il ne suffit pas d’espérer pour entreprendre, il faut réussir pour persévérer. Il ne faut jamais accepter l’échec.

Dans un contexte où les contacts ont une importance capitale, l’attention à l’autre et; le respect de son identité sont vitaux. Aucun de mes interlocuteurs n’est resté insensible à mes efforts pour m’exprimer dans sa langue et connaître ses traditions.
Je n’ai jamais regretté de m’être laissé interpeller. Il y a dix mois, je savais à peine qu’il y aurait des municipales ; le 11 mai j’ai été élu maire de ma commune.

Il y a un an, j’étais, comme beaucoup de; Français, peu impliqué par le problème polonais. Aujourd’hui, je suis actionnaire, et membre du directoire d’une société créée pour lancer des coopératives franco-polonaises devant produire là-bas des biens de première nécessité.

Répondons aux mutations qui nous interpellent en changeant nos mentalités, pas d’abord celles de ceux que nous côtoyons, mais avant tout chacun la nôtre.

Paul-Ivan de Saint-Germain

Extraits de Responsables n° 156 – avril 1984


Pari tenu – page 186

Ainsi le MCC a tenu son pari de rassembler 8 à 10 000 personnes au cours des journées du 25 janvier 1987 organisées dans 60 villes de France.

Largement ouvertes au-delà des limites du Mouvement, ces rencontres ont réuni localement des responsables de la vie économique invités à réfléchir et à débattre des différents thèmes choisis, qui ont été présentés en décembre dans la revue Responsables. Ils s’articulaient pour la plupart autour de quatre axes :

— Innovation dans une société économique en évolution.

— Insertion des jeunes dans la vie de travail.

— Attention aux réalités économiques locales
• Articulation entre la nécessaire performance et le devoir de solidarité.

Tous ces sujets renvoient à des problèmes très concrets vécus par tous ; ils font apparaître quelques-unes des « bonnes questions », celles qui interpellent et dont le MCC perçoit l’urgence sans pour autant prétendre découvrir seul les « bonnes réponses ». C’est ce qui justifiait le caractère ouvert de ces Journées. de janvier. Elles ont offert la possibilité d’un dialogue constructif entre différents acteurs de la vie économique et sociale. Chacun a pu s’exprimer dans un climat d’écoute et de tolérance mutuelle, ce qui ne va pas toujours de soi dans la société d’aujourd’hui.

Occasions d’échanges avec d’autres, les journées de janvier ont aussi été un temps fort, une étape importante pour le Mouvement lui-même. C’est en de telles circonstances que chacun peut élargir son horizon au-delà de la vie d’équipe et prendre davantage conscience de son appartenance à un même mouvement. Répartis dans plus de 500 équipes et en 19 Régions, les membres du MCC font partie d’un vaste réseau qui a besoin périodiquement d’exprimer sa visée commune. Organisées volontairement à la même date dans une constellation de rencontres décentralisées, les journées de janvier ont manifesté l’unité du Mouvement.

La variété des thèmes retenus reflète la diversité des situations que connaît la société économique d’aujourd’hui. Cependant dans tous les cas l’analyse des réalités, la recherche de solutions se sont référées à un même projet : Donner pleinement sa chance à l’homme ; tout faire pour que dans les changements du monde, l’homme puisse grandir en dignité et en humanité. Cette conviction commune manifeste, elle aussi, l’unité du Mouvement ; elle s’inspire de notre foi et de notre espérance de Chrétiens. Le MCC, à cette occasion, a voulu s’exprimer en tant que mouvement d’Église et, tout en marquant la spécificité de sa mission, il a « ouvert les fenêtres » pour réfléchir avec d’autres aux questions qui engagent aujourd’hui l’avenir de notre société tout entière.

Comme les journées emploi d’octobre 1983 situées entre le Congrès de Lyon et celui du Bourget, les rencontres de janvier 1987 ouvrent dans le Mouvement une nouvelle étape en vue de la tenue d’un prochain congrès. Les questions posées, les idées échangées, les expériences rapportées représentent une richesse qui demande à être exploitée. Dans le cadre des équipes et des secteurs ou dans des groupes de travail plus spécialisés, la réflexion commencée a besoin d’être reprise et approfondie, les actions qui ont été décidées doivent être entreprises. Mais, pour porter témoignage dans les divers lieux où s’exercent nos responsabilités, l’action seule ne suffit pas ; il faut aussi énoncer les repères qui l’orientent. Il y a donc, en rendant compte de nos échanges, une parole à dire dans l’Église en général, dans nos communautés chrétiennes locales en particulier. Il y a aussi un langage à élaborer et à tenir dans la société dont nous sommes solidaires afin que le message d’espérance reçu du Christ puisse être entendu des hommes d’aujourd’hui.

Dominique Guibé

Extrait de Responsables n° 183 – février 1987

2015-04-09T15:58:34+00:00