D’un groupe du CAC 40 aux Apprentis d’Auteuil

////D’un groupe du CAC 40 aux Apprentis d’Auteuil

40 ans, l’âge des remises en question du milieu de vie, de la « crise de sens » ainsi que le définit Anselm Grün… Ce témoignage raconte l’histoire d’un cadre qui choisit de quitter un groupe privé du CAC 40 pour devenir directeur de région pour les Apprentis d’Auteuil. Une révolution de vie…


Les Apprentis d'Auteuil
Le 9 janvier 2010, je quitte officiellement le groupe X après 11 ans de « bons et loyaux services ».

Le 14 janvier 2010, date de mes 42 ans, je réussis mon examen de certification de « coach » après 1 an et demi de formation (menée en parallèle de mon travail) à l’école de coaching Transformance.|site de Transformance

Le 18 janvier 2010, j’apprends que les Apprentis d’Auteuil|Site des apprentis d’Auteuil m’ont retenu pour le poste de Directeur Normandie pour lequel j’avais eu un 1er entretien 12 jours avant.

3 dates clés, ramassées sur tout juste 10 jours, pour 3 événements à connotation apparemment strictement professionnelle, mais qui sonnent en fait comme le fruit de 2 années à la fois éprouvantes et belles ; 2 années…

– d’un intense travail personnel (coaching, travail thérapeutique, échanges avec ma famille) pour davantage me connaître en profondeur, et m’accepter dans ce que je suis et dans mon histoire.

– d’une réflexion professionnelle approfondie (bilan de compétences, coaching, entretiens réseau).

– d’un cheminement intérieur et spirituel parfois douloureux mais salvateur (nombreux temps de prière et d’adoration, 2 retraites, 3 marches, accompagnement).

– de rencontres et d’apprentissages extrêmement enrichissants vécus avec les « pairs » de ma formation au coaching.

– du soutien de quelques personnes clés, et tout particulièrement de mon coach/thérapeute et de ma femme qui m’a admirablement supporté (doublement !) pendant cette période difficile de « crise du milieu de vie ».

– de la Providence qui agit dans ma vie (oui, je la reconnais, et « je crois ») et d’une grâce que je reçois.

Mais remontons en arrière… C’était il y a près de 2 ans …

Je me réjouissais de fêter bientôt mes 40 ans, heureux de ma vie avec ma chère femme, heureux de ma vie avec mes 3 enfants et de notre 4e à venir, heureux de mon parcours professionnel tout à fait honnête, heureux de notre achat 3 ans plus tôt d’une chouette maison…

… quand je me « réveille » brusquement avec la sensation très désagréable de ne pas être profondément heureux, en tout cas sur un plan professionnel ; je vis des tensions régulières à l’estomac, mon sommeil se dérègle. Quelque chose ne va pas en moi ! Quelque chose me manque, mais quoi ?

Quelque chose de « plus fort que moi » est en train de m’arriver, que je ne maîtrise pas, que je ne comprends pas. Impossible de réprimer cette poussée intérieure (ça m’arrangerait bien pourtant !) ; j’ai besoin de mettre des mots sur ce qui se passe en moi, j’ai besoin d’être accompagné.

C’est alors que ma soeur aînée me donne le contact d’un coach/thérapeute avec qui je vais travailler pendant ces 2 années.

Je vais ainsi progressivement découvrir, accepter, et comprendre ce quelque chose qui se traduit professionnellement, ce sentiment de plus en plus clair d’épuisement, d’être trop chargé de « tâches » à accomplir, de manque d’inspiration et d’envie, de perte de sens, et qui dépasse en fait largement le plan professionnel.

Il y a un an et demi …

Ça y est ! J’ai osé demander une réponse claire, et je l’ai eue : je n’aurai pas le job élargi que je souhaitais (et je l’avoue, que je craignais dans le même temps). Il est temps pour moi de préparer l’avenir, « mon » avenir : or j’ai commencé à prendre conscience de mon besoin d’aller vers un job « à dimension plus humaine », je ressens le besoin de prendre du recul après de nombreuses années passées « la tête dans le guidon », et j’ai conscience que je gagnerais beaucoup à mieux maîtriser mes émotions (tant professionnellement que personnellement). Et comme c’est dans ma nature, je vais rebondir et m’en donner les moyens !

C’est alors que mon coach m’interpelle sur la possibilité de faire une formation qualifiante en relations humaines, en l’occurrence la formation au coaching Transformance.|site de Transformance. Deux jours après, je rencontre (par hasard !) un ami qui m’indique avoir fait cette formation et m’en dit beaucoup de bien ; c’est décidé, je vais faire cette formation, que ce soit pour progresser en management et/ou faire du coaching ; 8 jours après, mon entreprise accepte de me financer la formation ! 2 mois après, je commence à vivre une formidable aventure humaine avec mes « pairs », aventure qui va me nourrir tous les jours dans mon projet d’évolution personnelle et professionnelle.

Le désert du Sinaï

Il y a 1 an …

Je reviens d’une belle marche d’une semaine dans le désert du Sinaï, la nuit à la belle étoile, avec un petit groupe accompagné par un prêtre. L’expérience est belle, tant humainement que spirituellement ! Je reviens avec deux paroles fortes reçues : celle d’avoir vécu « 20 ans de détours de vie professionnelle », et … une devise pour mon avenir professionnel : « l’Homme au Cœur ! ». je reviens avec le souvenir d’un sacrement du pardon reçu et vécu dans une grande liberté intérieure, et je reviens avec une magnifique image de silence extérieur et intérieur, de liberté et de plénitude au sommet de la montagne avec une vue à 360° sur le désert.

Mais dès mon retour, je ressens aussi une envie extrêmement forte de… démissionner, car je souffre de la réalité de mon job de moins en moins intéressant et du manque de sens qu’il revêt pour moi ! Alors même que je suis quelqu’un de raisonnable et, je crois pouvoir le dire, de responsable, alors même que je sais que ce serait une erreur de démissionner, je suis envahi par ce puissant désir de tout arrêter ; cette semaine de retour est horrible ! Heureusement, mon coach veille, m’éclaire sur ce que je vis intérieurement et spirituellement, et… je garde le cap dans mon entreprise, me promettant bien de ne la quitter que si je prends un chèque de départ ; seul ce chèque me permettra de vivre de façon responsable et raisonnable une autre aventure professionnelle, certes plus humaine, mais qui m’amènera quasi certainement à gagner moins voire beaucoup moins d’argent.

Il y a 6-8 mois…

4 mois plus tard, alors que mon groupe se met à perdre de l’argent, je suis cordialement invité à accepter de quitter l’entreprise…

Je me lance alors sans attendre dans un bilan de compétences qui me permet d’aboutir (après l’été) à 2 projets majeurs : soit prendre un poste de Directeur de Réseau dans une organisation à finalité humaine, soit devenir consultant/coach.

Quelques mois de négociation franchement difficiles à vivre s’écouleront, avant d’aboutir enfin.

Entre-temps, ayant de facto quitté les locaux de l’entreprise, je commence par me consacrer à ce qui m’apparaît essentiel pour moi, me ressourcer personnellement et spirituellement.

coquille

Il y a 4 mois…

Je pars seul une semaine marcher sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle et prendre le temps d’une halte de trois jours à Conques (en poursuivant ainsi le chemin déjà fait l’année précédente du Puy-en-Velay à Aumont-Aubrac) : j’y retrouve toute la richesse et toute ma spontanéité des rencontres humaines avec de chouettes pélerins de tous pays, je m’émerveille et loue à haute voix le Seigneur et Marie de la splendeur de la nature sauvage et si froide que je traverse seul, je savoure une délicieuse soupe chaude au fromage de « Chez Germaine » à 11h00 du matin en arrivant à Aubrac (par -4°), je goûte un précieux moment de « bonheur du Ciel » en écoutant l’orgue dans la basilique de Conques illuminée, je vis de rares moments de bonheur à lire (ou boire !) des paroles sur la vie de Jean Vanier (fondateur de l’Arche), je pleure et pleure encore, je savoure un bon aligot (la recette du pays) avec du vin…

Jean Vanier

A peine rentré à domicile, je pars faire une retraite d’une semaine prêchée par Jean Vanier (une place se libère pour moi 8 jours avant) ; j’y découvre (eh oui !) toute l’humilité de Jésus venu dans notre vie, je mesure combien je suis « un pauvre de Dieu appelé à croître », je me nourris de l’attitude si humble de Jean Vanier et me réjouis du temps d’échange passé avec lui (« il y a une autre manière de gouverner le monde : l’écoute »), je fais là-aussi de belles rencontres, et repars en me demandant si je ne pourrais pas rejoindre l’Arche en tant que salarié (j’avais déjà mené un entretien réseau 2 mois avant avec un ancien cadre du privé parti avec sa femme et ses 5 enfants diriger un foyer de l’Arche).

Dans la foulée, ayant négocié un outplacement, je mène un travail d’approfondissement des bases de mon projet professionnel ; car je sens intuitivement que l’heure n’est pas tant à la prise de contacts multiples qu’à rendre « solides comme le roc » les fondations de mon projet ; je me donne jusqu’à mi/fin janvier pour cela, sachant qu’entre-temps j’ai également beaucoup de travail à consacrer à ma formation et à la préparation de ma certification de coach.

Mon besoin d’action et mon désir d’en savoir plus sur les Apprentis d’Auteuil|Site des apprentis d’Auteuil étant de plus en plus fort, je mène un premier entretien réseau début novembre à l’issue duquel j’ai plaisir à me dire que je peux peut-être arriver à concilier tout ce que je cherche : du professionnel, de l’humain, et du spirituel ! Toujours fort de cette envie, je finis par mener peu avant Noël un second entretien réseau qui m’avait été recommandé depuis quelque temps déjà.

Quelques jours plus tard, je suis contacté puis embauché par les Apprentis d’Auteuil|Site des apprentis d’Auteuil en tant que Directeur Normandie à compter du 1er février. A ce titre, je suis en charge du pilotage des établissements d’accueil et de formation de Normandie qui prennent en charge des jeunes en difficulté scolaire, sociale, familiale.

Conclusion de ces 2 années :

Le travail en amont, en particulier « intérieur », est primordial ; les résultats viennent après naturellement ! (j’ai envoyé en tout et pour tout 1 CV)

Plus fondamentalement :

« Le milieu de la vie ouvre avant tout une crise du sens et donc une crise spirituelle. Et en même temps, il offre la chance de trouver un sens nouveau à sa vie … Du point de vue de la foi, c’est Dieu lui-même qui est à l’œuvre … un carrefour … Le chemin du Christ, menant à la vie nouvelle de la résurrection en passant par la croix, est aussi un chemin de maturation et de guérison au plan humain» – Anselm Grün « La crise du milieu de vie »

Pourquoi les Apprentis d’Auteuil|Site des apprentis d’Auteuil ?

…parce que j’ai progressivement acquis la conviction que j’avais besoin de vivre un net changement dans ma vie professionnelle

…parce que dans mon projet d’évolution professionnelle, je cherchais une organisation où je puisse vivre à la fois une dimension professionnelle (en l’occurrence, management d’une équipe de 200 personnes), une dimension beaucoup plus directement humaine/altruiste (en l’occurrence les jeunes en difficulté), et si possible une dimension/un ancrage spirituel(le) (les Apprentis d’Auteuil est une œuvre d’Eglise, et à ce titre, j’ai signé une lettre de « mission »), comblant ainsi mon besoin de sens.

…parce que j’intègre une structure de 4500 salariés en France, reconnue sur son métier, organisée de façon professionnelle, et en développement.

… parce que financièrement, le choix des Apprentis d’Auteuil restait « raisonnable » (le choix de l’Arche de Jean Vanier aurait été trop « radical » pour notre couple).

…parce que j’en avais entendu parler.

…parce que j’ai osé dire à certaines personnes ce que je vivais et recherchais (vive les balades à vélo l’été !).

…parce que j’avais pris conscience de ce dont j’avais besoin.

…parce que je me suis renseigné.

…parce que d’autres ont senti que cela pouvait bien me correspondre

Pourquoi ce poste ?

…parce que je m’appuie sur ma double expérience de pilotage d’activité organisée en réseau et de gestion d’un centre opérationnel, sur de solides repères en matière de relations humaines (formation coaching), et sur des expériences extra-professionnelles significatives

…parce que c’est celui-ci qui m’a été proposé, et que, après réflexion, j’ai considéré ce poste comme un « signe du ciel » (l’alternative consistait à développer une activité de coaching/consulting).

Pourquoi en Normandie ?

…parce que c’est l’opportunité qui s’est présentée à moi, avec les avantages et inconvénients (demandez à ma chère femme qu’elle vous parle du « chemin » à faire pour déménager à Rouen !).

…parce que je suis d’autant plus comblé dans mon aspiration spirituelle que je vois, depuis mon bureau à Lisieux, la basilique de Sainte-Thérèse, Sainte-Thérèse étant la patronne des Apprentis d’Auteuil !

F. Etienne

Quelques paroles de … vie !

« Il faut passer par le désert et y séjourner pour recevoir la grâce de Dieu »

Charles de Foucauld

« Nous sommes tous appelés à la libération du cœur, à nous ouvrir aux autres et à découvrir ce qui fait le fond de notre être, notre humanité commune. Mais cette libération est un long cheminement, depuis l’angoisse et l’enfermement sur nous-mêmes, jusqu’à un amour plénier qui nous transforme et nous permet d’aider les autres à se transformer. Ce cheminement, nous ne pouvons l’accomplir seuls »

Jean Vanier, Accueillir notre humanité

« Ne cherchons pas à penser beaucoup, mais plutôt à aimer beaucoup »

Sainte-Thérèse d’Avila

2010-11-18T11:38:41+00:00