La formation contribue au développement des compétences afin de garantir que les individus trouvent leur place dans la société à travers un métier. Elle contribue également au bien être et à l’épanouissement. L’article 13 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction et à la formation professionnelle. Face à la crise climatique, la formation des citoyens aux enjeux environnementaux est essentielle pour nous donner les moyens de construire des réponses aux défis de la transition écologique.

1/ Comprendre : des freins à la prise en compte des enjeux environnementaux dans la formation.

La transition écologique rend nécessaire l’adaptation de l’appareil de formation pour développer de nouvelles compétences.

Un certain nombre de formations prennent en compte les enjeux environnementaux. S’agissant des formations initiales, des freins et des blocages existent dans le monde académique et la part des enseignements dédiés à la transition écologique reste faible avec peu de cours sur le climat, l’énergie et la biodiversité et peu d’approches transversales ouvrant sur une réflexion sur les modèles de société désirables, alors que la transition ayant une dimension systémique et multidimensionnelle, il est nécessaire de décloisonner les savoirs et les champs d’expertise.

Le ministre de l’agriculture et le ministère de l’éducation nationale ont opéré un virage depuis quelques années pour intégrer les enjeux de la transition écologique dans leurs diplômes. Les diplômes du secteur de la production agricole ont été remaniés pour prendre en compte du développement de l’agro-écologie avec la loi de 2014 sur l’avenir de l’agriculture qui met l’accent sur l’exigence d’une triple performance environnementale, économique et sociale.

Les cahiers des charges des formations professionnelles relatives aux bâtiments et aux services ont également été revus pour répondre aux enjeux du développement durable. S’agissant des formations professionnelles, ce travail de rénovation piloté par France Compétences repose sur un appel à contribution aux branches professionnelles du bâtiment (métallurgie, plasturgie, recyclage, désamiantage), qui sont inégalement impliquées dans la prise de conscience écologique. La maturité des entreprises sur la transition écologique est variable. La difficulté est de créer des offres de formation sur des niches d’emploi. Ainsi, il n’existe pas encore de formation à la maintenance des éoliennes.

Dans les grandes entreprises en général, l’acculturation aux enjeux de la transition écologique est en cours : elle n’est pas au plus près des métiers et du vécu des salariés, il n’y a pas de vision partagée de l’écologie. Les enjeux de l’adaptation aux outils data (gestion et production de données) sont souvent plus forts. Par ailleurs, les PME n’ont pas de pôle de formation proactif, car elles manquent de moyens.Néanmoins, il arrive que des formations « vertes » soient créées à la demande des professionnels, comme les artisans, s’agissant du diplôme de technicien énergie renouvelable en 2009 en raison de la demande de particuliers d’installations de panneaux photovoltaïque, marché capté par les fabricants au détriment des artisans. Ou encore s’agissant d’un certificat de spécialisation méthanisation qui s’inscrit également dans le cadre du développement de la bio-économie appliquée à la politique agricole.

Au final, France Compétences note que les métiers émergents sont rares et relèvent 23 métiers hybrides qui sont sur des niches d’emploi comme par exemple l’aquaponie (croisement entre la pisciculture et l’agriculture) ou la végétalisation urbaine (jardinage urbains sur de nouveaux supports comme les murs supposant une connaissances des matériaux), collecteur de bio-déchets en milieu urbain (transport, recyclage, connaissance du milieu urbain).

2/ Espérer : des expérimentations de formation innovantes.

La crise écologique et sanitaire est accompagnée d’une crise éducative avec la montée des revendications lycéennes et étudiantes comme en témoignent le Manifeste pour un réveil écologique 2018 qui a recueilli 30 000 signatures et l’engagement de Greta Thunberg. Ces initiatives sont favorables à une rénovation de la formation pour intégrer les enjeux de la transition écologique. Des expérimentations dans de petites structures peuvent contribuer à mettre en avant la possibilité de modifier des cursus universitaires et des formations professionnelles, en proposant la combinaison d’un enseignement transversal et de questionnements par disciplines, en valorisant le pluralisme, le questionnement critique, en conjuguant les rationalités techno-scientifiques et symboliques, en articulant la reconnexion aux autres et à la nature avec la réflexion sur les changements structurels. De tels parcours sont proposés dans des petites institutions, comme le Schumacher College rattaché à l’Université de Plymouth au Royaume-Uni, ou le Sustainability Institute rattaché à l’Université de Stellenbosch en Afrique du Sud ou encore le Campus de la Transition en Seine-et-Marne. Ces institutions peuvent jouer le rôle de bateaux pilotes pour les grands vaisseaux de l’enseignement supérieur.

Dans cette optique, le Campus de la Transition a conduit entre 2019 et 2020 un projet de recherche sur la formation à la transition écologique et sociale dans l’enseignement supérieur, intitulé projet Fortes. Rassemblant 80 enseignants chercheurs, ce projet visait à identifier les grands enjeux de connaissances et de compétences liés à la transition, puis à les aborder de façon interdisciplinaire afin de construire des parcours argumentés permettant aux étudiants d’acquérir une solide culture générale sur les questions environnementales et les enjeux sociaux qui leur sont associés. Ce travail a abouti à la construction d’un socle commun destiné à l’ensemble des étudiants de l’enseignement supérieur.

S’agissant de la formation initiale ou professionnelle, des pédagogies alternatives innovantes d’enseignement mettent en avant le fait qu’il ne s’agit pas simplement de changer de mode de transmission des connaissances, mais également que la formation ait trait à l’acquisition de différents types de savoirs et à l’apprentissage de compétences. Ainsi, le Campus de Transition déploie une approche holistique (tête, coeur et corps). Dans les différents corps de métiers et dans tous les secteurs ‒ l’agriculture, le bâtiment, les transports, etc.. Il s’agit d’apprendre à faire autrement, à compter autrement, mais aussi à accompagner la mise en oeuvre de savoirs techniques par l’exercice de compétences relationnelles C’est dans ce passage des connaissances aux compétences que se joue la formation aux métiers de la transition.

Un certain nombre d’écoles (ESCP, ESSEC, Kedge, MinesParitsech, Sciences Po) organisent la fresque de climat qui est un atelier de 3 heures permettant de comprendre sur des bases scientifiques (rapport du GIEC) les causes et les conséquences du changement climatique (rentreeclimat.org). Cet atelier est également ouvert aux entreprises;

3/ Agir : la conversion écologique, une conversion de l’intérieur qui se traduit par une nouvelle manière d’agir dans le monde.

Dans l’encyclique Laudato Si, le pape François appelle à la conversion écologique pour sauvegarder la « maison commune » face aux bouleversements liés aux changement climatique : « s’il est vrai que les déserts extérieurs se multiplient dans notre monde parce que les déserts intérieurs sont devenus très grands, la crise écologique est un appel à la conversion intérieure ».

Cette conversion de l’intérieur peut-elle se traduire à l’extérieur par une nouvelle manière d’agir dans le monde par exemple dans sa vie professionnelle? Vais-je choisir de me réorienter professionnellement vers un métier vert? Comment vais-je appréhender l’adaptation nécessaire de mon métier aux enjeux de la transition écologique?

Si je suis enseignant, je peux m’interroger sur quels savoirs et outils conceptuels et méthodologiques peuvent être mis au service de la construction interdisciplinaire au service de la transition écologique et sur la manière d’adapter ma pédagogie éducative.

En tant que citoyen et parent d’étudiant, je peux entrer en dialogue avec la communauté des formateurs pour demander un changement. Si je suis déjà engagé dans la vie active, je peux envisager de me former aux enjeux de la transition écologique, par exemple dans le cadre du T-Camp du Campus de La Transition, pour répondre au défi de l’adaptation de mes compétences.

Des liens pour aller plus loin

Campus de la transition : https://campus-transition.org/formations/formations-professionnelles/

Formation Fresque du climat : https://www.rentreeclimat.org/