Face aux grands basculements du monde, comment renforcer notre capacité à agir avec recul et discernement ? C’est l’objet du quatrième axe de réflexion retenu par l’équipe d’organisation du Congrès pour les ateliers qui se dérouleront dans l’après-midi du 24 septembre à Nantes. Dans un article pour Responsables (n° 456-juin 2022), que nous partageons ci-dessous, Bernard Bougon* invite, en réponse, à être des passeurs d’avenir, en reconnaissant les appels que Dieu nous adresse et en ouvrant de nouveaux chemins vers Lui.

Passeurs d’avenir, tous au travail, telle est l’invitation que le MCC adresse à ses membres, les conviant à un intense week-end de rencontre à la Cité des Congrès de Nantes. Comment mieux agir ou davantage agir en « passeurs d’avenir » au cœur de nos responsabilités familiales, professionnelles, citoyennes ? Comment les vivons-nous aujourd’hui ? Comment pressentons-nous devoir les vivre dès demain ? À quels changements, plus encore, à quelles conversions sommes-nous appelés dans un monde, et a fortiori une société française, qui se transforment rapidement aux plans politique, économique, sociologique, culturel, etc.

Ce Congrès sera une occasion de se retrouver, non seulement entre membres du MCC, mais aussi de rencontrer et d’échanger avec d’autres, membres de mouvements ecclésiaux ou engagés dans des œuvres et associations chrétiennes. Ensemble nous porterons ces questions. Ensemble nous partagerons nos expériences pour tenter de déterminer les meilleurs chemins à emprunter. Ainsi, par exemple, en mars dernier les Entrepreneurs et dirigeants chrétiens (EDC) ont tenu, au Havre, leurs Assises nationales sur le thème « Agir en espérance ». Ce que j’entends comme une préoccupation proche de la nôtre au MCC.

Un horizon assombri

De nouveau la guerre en Europe. Nous pensions qu’elle s’était éloignée de notre continent. Cette guerre s’accompagne d’une brusque montée de tensions économiques aux conséquences encore largement imprévisibles. Non seulement en Europe, mais plus encore sur d’autres continents. De ces tensions nous estimions aussi être protégés.

Simultanément, le cri d’alarme des experts du GIEC retentit de plus en plus fortement. Ne seraient-ils pas comme ces prophètes que l’on écoute avec déplaisir tant ils dérangent ? On peut se le demander. Pourtant, très nombreuses sont les initiatives, à des échelles diverses, qui tentent de répondre aux défis de la transition écologique… Individuellement, collectivement, nous avons commencé à changer certaines habitudes. Nous savons bien que cela ne suffit pas. Il nous faut aller plus avant, rompre avec une certaine insouciance voire un mépris inconscient des ressources naturelles, que nous avons appris à consommer sans limites autres que celles de nos budgets.

Le pape François l’exprime avec une vigueur peu commune : « Nous n’avons jamais autant maltraité ni fait de mal à notre maison commune qu’en ces deux derniers siècles. Mais nous sommes appelés à être les instruments de Dieu le Père pour que notre planète soit ce qu’il a rêvé en la créant, et pour qu’elle réponde à son projet de paix, de beauté et de plénitude. Le problème est que nous n’avons pas encore la culture nécessaire pour faire face à cette crise ; et il faut construire des leaderships qui tracent des chemins, en cherchant à répondre aux besoins des générations actuelles comme en incluant tout le monde, sans nuire aux générations futures. » (Laudato si’ n° 53) Comment, aujourd’hui, penser autrement nos vies avec leurs critères de réussite et de bonheur ?

Secouée par ces vents de tempête, la cohésion de nos sociétés européennes apparaît fragilisée. J’en veux, pour exemple, les brusques flambées de colère qui se succèdent, ici ou là. Ici, il s’agira de s’opposer à un projet d’aménagement du territoire ; là de mettre en cause une mesure estimée injuste dans ses conséquences locales ; là encore, de contester une orientation politique ; etc. Colères et violences d’individus isolés, de bandes plus ou moins organisées, de groupes ou d’associations disséminés sur un territoire national, manifestant refus ou mécontentements, mais aussi peurs et angoisses de l’avenir, de leur avenir…

Au milieu de ces secousses l’Église catholique est malmenée, en France tout au moins. Si en 1980, 75 % des Français se reconnaissaient comme catholiques, en 2018, ils sont moins d’un tiers à se dire tels[1]. Devant la montée d’un athéisme pratique[2], l’émiettement des croyances et la dissolution des références éthiques, nombre de chrétiens ne savent plus comment faire entendre la voix de l’Évangile. Ils sont tentés de se retirer de débats délicats et ardus. Le MCC comme ses membres souffrent de cette situation, bien sûr. Comment serions-nous indemnes de ces remises en question souvent radicales ?

Trouver des passages

Enracinés dans la foi au Christ, mort et ressuscité pour nous, membres du MCC, nous croyons que l’Esprit de Dieu ne cesse d’être à l’œuvre dans ce monde. Il nous revient de discerner cette action de l’Esprit-Saint, là où nous sommes, au sein même de nos engagements familiaux, professionnels, associatifs, citoyens. Ce sera notre manière d’être passeurs d’avenir. Le Congrès de Nantes nous offrira ces temps de « conversations » avec Dieu, comme avec nos frères.

Au cours de l’eucharistie célébrée au cœur même de la cité des Congrès, nous entendrons l’Évangile dit des « Pèlerins d’Emmaüs ». Un Évangile qui accompagne depuis longtemps notre Mouvement. De même que Cléophas et son compagnon sont rejoints par un marcheur qui les fait parler, les écoute avant de leur faire entendre la Parole de Dieu et son message paradoxal : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24, 26). De même, nous pouvons croire que le Christ nous sera présent en ce week-end, écoutant nos inquiétudes, partageant nos interrogations, encourageant nos initiatives et nous donnant de le célébrer dans la joie. « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18,20).

Bernard Bougon s.j.

[1] P. Bréchon, F Gonthier, S. Astor (dir.) La France des valeurs – quarante ans d’évolution, PUG, Grenoble 2019

[2] Désigne une vie où, apparemment, les références métaphysiques ou religieuses sont négligées.

 

*Bernard Bougon, jésuite, est l’ancien aumônier national du MCC. Psychosociologue et consultant de l’Institut de discernement professionnel, il est l’auteur, avec Laurent Falque, de nombreux ouvrages, parmi lesquels Comment faire de bons choix ? Discerner grâce à saint Ignace (Mame, 2022). Il accompagne une équipe à Nantes.