Pour tendre vers un juste salaire sans pénaliser l’entreprise, il faut limiter les écarts de rémunération

Dans Rerum novarum, Léon XIII écrivait en 1891 que le juste salaire est celui qui doit permettre à l’ouvrier « de parer aisément à ses besoins et à ceux de sa famille » mais aussi de « se ménager un petit superflu ». Et Pie XI de préciser dans Quadragesimo anno (1931) : « dans la détermination des salaires, on tiendra (…) compte des besoins de l’entreprise et de ceux qui l’assument ».

Ces deux principes demeurent d’actualité, même s’il faut les contextualiser. En 2015, une étude de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES) et de l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES) estimait que le budget nécessaire pour vivre décemment se situait entre 1 424 (personne seule) et 3 284 euros (couple avec deux enfants), soit plus que le Smic (celui-ci s’élevait alors à 1 135 €, le salaire moyen, à 2 193 €, et le salaire médian, à 1 762 €). Les entreprises sont-elles prêtes à faire un effort pour permettre à leurs salariés de « parer aisément à [leurs] besoins » (tels que définis par l’ONPES et l’IRES) sans se mettre en danger ? On peut en douter. Se pose, alors, la question de la juste distribution de la richesse créée. Selon l’Insee, en 2013 les 10 % les mieux payés gagnaient 16,9 fois plus que les 10 % les moins payés. Par ailleurs, en 2009, un rapport révélait que, au cours de la décennie 1980, la part des salaires dans la valeur ajoutée avait baissé de 10 % et celle du capital augmenté dans les mêmes proportions, bénéficiant non pas aux investissements productifs mais à la spéculation. Partant de ces deux constats, il apparaît que, pour tendre vers un « juste salaire » sans pénaliser l’entreprise, il convient de favoriser une distribution plus équitable des richesses, notamment en limitant les écarts de salaires, et de décourager la spéculation.

Patrice Le Roué, Conseiller politique à la CFTC, chargé des politiques macro-économiques et de l’environnement depuis 2007


Biographie :

  • 1996 à 2007 : rédacteur en chef des publications de la CFTC
  • 2005 : DESS d’Information économique et sociale
  • 2019 : publie Par le revenu de base, achever l’Etat Providence ?, CFTC-IRES
  • 2019 : auteur du documentaire « La CFTC, 100 ans de syndicalisme chrétien »